MYTHOS — Volume LV : Feuerbach et Marx, de la critique de la religion à la critique de la société
Cycle comparatif universitaire — édition consolidée du volume LV précédemment livré dans la conversation.
Corpus : Feuerbach, Das Wesen des Christentums (1841) ; Marx, textes de 1843–1845, Manuscrits de 1844, Thèses sur Feuerbach (1845), Le Capital, livre I (1867) ; Marx et Engels, L'Idéologie allemande (manuscrits de 1845–1846), Manifeste du parti communiste (1848).
Statut : étude publique, non brouillon ; distinctions explicites entre documents attestés, reconstruction théorique et interprétation.
I. De Hegel à la critique de la société
Après Hegel (volume LII), Schopenhauer (LIII) et Kierkegaard (LIV), la philosophie allemande du XIXe siècle opère un nouveau déplacement. La question n'est plus seulement de savoir comment la conscience se développe, comment la volonté engendre la souffrance ou comment un individu peut devenir lui-même. Elle devient celle des conditions historiques qui rendent les individus dépendants de leurs propres créations : croyances, institutions, propriété, division du travail et organisation économique. Ludwig Feuerbach (1804–1872) soumet la théologie à une critique anthropologique ; Karl Marx (1818–1883), avec Friedrich Engels (1820–1895), déplace cette critique vers les rapports sociaux.
Cette succession n'est pas une marche nécessaire vers une doctrine définitive. Les textes changent de problématique et de vocabulaire. Le jeune Marx n'est pas exactement l'auteur du Capital ; Feuerbach n'est pas simplement un Marx inachevé ; Hegel ne se réduit pas à une doctrine naïve de la toute-puissance des idées.
II. L'Europe industrielle et les jeunes hégéliens
La mort de Hegel en 1831 ouvre des controverses sur la religion, l'État prussien et l'interprétation de la dialectique. David Friedrich Strauss publie Das Leben Jesu (1835–1836), Bruno Bauer radicalise la critique religieuse, Feuerbach fait paraître L'Essence du christianisme (1841). Dans le même temps, l'industrialisation britannique, l'essor des manufactures, l'urbanisation et les transformations foncières modifient les rapports entre propriétaires et salariés. Le travail des enfants, la durée de la journée ouvrière et les crises commerciales deviennent des objets de recherche et de conflit politique.
Marx s'inscrit d'abord dans l'espace des jeunes hégéliens. Ses articles de presse et ses travaux sur la philosophie du droit le conduisent progressivement vers la critique de l'économie politique. Les révolutions de 1848 constituent un contexte de rupture, mais non une application uniforme d'un programme marxiste. Les différents soulèvements européens ont des causes et des résultats nationaux distincts.
Repères : 1841, Feuerbach et la dissertation de Marx sur Démocrite et Épicure ; 1844, textes parisiens sur l'aliénation ; 1845, Thèses sur Feuerbach ; 1845–1846, manuscrits de L'Idéologie allemande ; 1848, Manifeste ; 1859, Contribution à la critique de l'économie politique ; 1867, livre I du Capital.
III. Feuerbach : la religion comme projection
Dans Das Wesen des Christentums, Feuerbach propose d'inverser le rapport théologique entre Dieu et l'homme. Les qualités divines — amour, justice, sagesse, puissance — expriment, selon son interprétation, des capacités et des aspirations humaines portées à l'absolu. L'humanité contemple ses propres possibilités dans un être qu'elle pose comme extérieur à elle-même. Ce mécanisme n'implique pas une invention consciente et délibérée de Dieu par chaque croyant : il désigne une méconnaissance de l'origine anthropologique des attributs divins.
Le terme allemand Gattungswesen, « être générique » ou « essence de l'espèce », désigne la dimension collective et universalisable de l'humain. L'individu particulier est fini, mais l'humanité, dans la succession des générations, développe des capacités qui dépassent chacun de ses membres. Le problème est que cette essence demeure chez Feuerbach relativement abstraite : les différences de classe, de genre, de propriété et d'institution n'en sont pas encore l'objet central.
La critique feuerbachienne n'est pas une explication empirique démontrée de toutes les religions. Elle constitue une hypothèse philosophique sur la conscience religieuse. Les traditions historiques doivent toujours être étudiées à partir de leurs textes, de leurs rites, de leurs langues et de leurs contextes politiques.
IV. Dieux antiques et critique de la projection : comparaison contrôlée
Zeus, dans la Théogonie d'Hésiode (v. 453–506 ; 617–885), accède à la souveraineté à travers une histoire de conflits divins. Une lecture inspirée de Feuerbach pourrait reconnaître dans sa justice et sa puissance une représentation idéalisée de l'autorité humaine. Mais Zeus n'est pas une abstraction politique : il possède une généalogie, des cultes locaux et des fonctions rituelles spécifiques. Athéna peut être rapprochée de l'intelligence technique et de la mêtis, sans être réduite à la personnification de l'intelligence humaine. Les études de Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant montrent que les ruses de l'intelligence grecque appartiennent à une organisation historique de savoirs et de pratiques.
En Égypte, Maât associe ordre, vérité et justice dans des configurations cosmiques, royales et rituelles. L'interprétation par projection peut fournir une question de recherche ; elle ne remplace pas l'analyse des inscriptions et de la théologie royale. En Babylonie, Marduk et le récit de l'Enūma eliš articulent conflit cosmique, hiérarchie divine et souveraineté. Leurs rapports avec les institutions babyloniennes doivent être démontrés historiquement, non postulés par analogie. Une ressemblance entre attributs divins et valeurs humaines n'établit ni identité des cultes ni filiation historique.
V. Marx : déplacer la critique de la religion
Dans l'introduction de 1844 à la Critique de la philosophie du droit de Hegel, Marx ne présente pas la religion uniquement comme une illusion ridicule. Il y voit également une réponse à la détresse réelle et une protestation contre celle-ci. La formule souvent isolée de « l'opium du peuple » appartient à cette analyse complexe : la consolation religieuse appelle l'étude des conditions sociales qui rendent cette consolation nécessaire. Une simple réfutation des dogmes ne transforme pas les rapports qui produisent la souffrance.
Marx reprend à Feuerbach l'idée que les créations humaines peuvent se présenter comme des puissances indépendantes, mais lui reproche de traiter « l'homme » comme une essence abstraite. Les individus vivent dans des relations historiquement déterminées : propriété, travail, droit, famille, institutions et conflits politiques.
VI. Les Manuscrits de 1844 : quatre faces du travail aliéné
Les Manuscrits économico-philosophiques ont été rédigés à Paris en 1844 et ne constituent pas un livre achevé publié par Marx. Leur statut fragmentaire interdit de les traiter comme l'exposé définitif de sa pensée. Le vocabulaire distingue notamment Entfremdung (aliénation, étrangeté) et Entäußerung (extériorisation), termes dont les usages hégéliens et marxiens ne sont pas identiques.
Premièrement, le produit du travail : l'objet fabriqué devient la propriété d'un autre et peut apparaître comme une puissance étrangère au producteur. Deuxièmement, l'activité productive : le travail peut être vécu comme une activité imposée plutôt que comme l'expression de capacités choisies. Troisièmement, l'être générique : la capacité humaine de transformer consciemment le monde et de coopérer se trouve réduite à un moyen de subsistance. Quatrièmement, les rapports interhumains : autrui apparaît principalement comme propriétaire, salarié, employeur, concurrent ou acheteur.
Ces distinctions ne signifient pas que tout travail spécialisé soit nécessairement aliéné. Elles interrogent la perte de maîtrise sur les conditions, les finalités et les résultats de l'activité. Leur limite est normative : comment définir précisément une activité humaine non aliénée dans une société complexe ?
VII. Les Thèses sur Feuerbach : la praxis
Les onze notes rédigées en 1845 sont publiées par Engels en 1888, après la mort de Marx. Elles critiquent le matérialisme « contemplatif », qui considère la réalité comme un objet sans intégrer l'activité humaine qui la transforme. Praxis désigne une activité socialement située, productrice et transformatrice. Dans la sixième thèse, Marx conteste une essence humaine abstraite et insiste sur les rapports sociaux concrets. Il ne faut pas pour autant en déduire que les individus seraient entièrement passifs : leur activité participe à la reproduction ou à la modification de ces rapports.
La onzième thèse oppose les interprétations du monde à l'exigence de sa transformation. Elle ne constitue pas un refus de la recherche théorique : Marx consacrera de longues années à l'enquête économique. Elle vise une philosophie qui se satisferait de commenter les contradictions sans examiner leurs conditions pratiques. L'efficacité politique ne démontre toutefois pas, à elle seule, la vérité d'une théorie.
VIII. L'Idéologie allemande : individus réels et production
Les manuscrits rédigés avec Engels en 1845–1846, regroupés plus tard sous le titre L'Idéologie allemande, possèdent une histoire éditoriale complexe. Ils ne doivent pas être cités comme un ouvrage unifié et définitivement préparé par leurs auteurs. Leur argument principal consiste à partir des individus qui produisent leurs moyens d'existence, développent des techniques, organisent la coopération et héritent d'institutions.
Les forces productives comprennent capacités de travail, connaissances et moyens techniques ; les rapports de production désignent l'organisation sociale de cette activité. Les représentations religieuses, juridiques et politiques se forment dans des conditions historiques, sans être nécessairement des reflets mécaniques d'une cause économique unique. Une histoire matérialiste sérieuse doit prendre en compte les médiations politiques, les traditions, les conflits et les contingences.
IX. Le Manifeste de 1848 : classes et transformation historique
Le Manifeste du parti communiste, rédigé par Marx et Engels pour la Ligue des communistes, est un texte politique. Il souligne le rôle de la lutte des classes, et plus particulièrement les antagonismes entre bourgeoisie et prolétariat dans le capitalisme moderne. Il reconnaît également la puissance historique de transformation de la bourgeoisie : industrialisation, marché mondial, innovation technique, bouleversement des relations traditionnelles.
La distinction entre bourgeoisie et prolétariat est analytique et polémique ; elle n'abolit pas la diversité des couches intermédiaires ni les divisions internes des classes. Les révolutions de 1848 ne constituent pas une révolution prolétarienne européenne unifiée. Marx devra en analyser les contradictions et les défaites dans ses écrits politiques.
X. Le Capital : marchandise, valeur, travail abstrait
Le livre I du Capital paraît en 1867. Son premier chapitre distingue valeur d'usage et valeur, puis examine la forme-valeur et la monnaie. La valeur d'usage renvoie à l'utilité concrète d'un objet. La valeur, dans la construction théorique marxienne, concerne le caractère socialement comparable des travaux producteurs de marchandises. Le travail abstrait ne désigne pas une activité mentale ; il désigne le travail humain considéré sous une forme sociale commune.
Le temps de travail socialement nécessaire ne se confond pas avec les heures effectivement dépensées par un producteur inefficace. Le prix est une expression monétaire qui peut diverger de la grandeur de valeur. La théorie des prix, de la concurrence et de la transformation des valeurs en prix de production soulève d'importants débats, particulièrement à propos du livre III.
XI. Le fétichisme de la marchandise
Dans la quatrième section du chapitre I, Marx montre que les rapports sociaux entre producteurs prennent l'apparence de propriétés objectives des marchandises. Les objets échangés semblent posséder naturellement des relations de valeur qui résultent pourtant d'une organisation sociale déterminée. L'analogie religieuse est explicite : des produits humains apparaissent comme des puissances autonomes.
Le fétichisme ne signifie donc pas simplement une passion excessive pour la consommation. Il désigne une forme d'apparence objective propre à des rapports marchands. À la différence de la projection feuerbachienne, il ne disparaît pas par une simple prise de conscience individuelle : ses conditions se trouvent dans l'organisation de la production et de l'échange.
XII. Force de travail, plus-value et exploitation
Marx distingue le travail accompli de la force de travail, capacité que le salarié vend temporairement. La valeur produite pendant la journée peut dépasser la valeur de cette force de travail. L'écart constitue, dans son modèle, la source de la plus-value.
Exemple pédagogique, non mesure empirique : une journée de huit heures pourrait comporter quatre heures de travail nécessaire à la reproduction de la valeur de la force de travail et quatre heures de surtravail. La plus-value absolue augmente notamment par extension de la durée du surtravail ; la plus-value relative par réduction du temps nécessaire, par exemple sous l'effet de gains de productivité dans les branches pertinentes.
L'exploitation est ici un concept de structure économique, non une accusation psychologique contre chaque employeur. On peut critiquer cette théorie sans nier l'existence d'inégalités de pouvoir ; inversement, constater ces inégalités ne démontre pas à soi seul l'ensemble de la théorie de la valeur-travail.
XIII. Accumulation dite primitive : dépossession et violence
La huitième partie du livre I étudie la séparation historique des producteurs d'avec leurs moyens de production. Marx discute les transformations foncières anglaises, les enclosures, l'expansion coloniale, l'esclavage et les mécanismes de formation du capital. L'objectif est de contester un récit purement moral de l'accumulation, selon lequel la richesse serait née uniquement de l'épargne des uns et de l'imprévoyance des autres.
Ces processus possèdent des chronologies et des poids variables selon les régions. L'histoire économique contemporaine débat de leurs effets précis. Il faut donc confronter les propositions générales aux archives foncières, commerciales, législatives et coloniales.
XIV. Aristote : économie domestique et chrématistique
Dans la Politique, I, 8–11, Aristote distingue l'oikonomia, administration de la maison, de formes de chrêmatistikê, acquisition de richesses. Il critique notamment la recherche d'accumulation monétaire sans limite. Marx rapproche des formes de circulation : marchandise–argent–marchandise, orientée vers une valeur d'usage, et argent–marchandise–argent augmenté, caractéristique de la valorisation du capital.
L'analogie est conceptuelle, non une identité historique. La cité grecque n'est pas une économie industrielle capitaliste. Aristote justifie en outre, dans le livre I de la Politique, une doctrine de l'esclavage naturel qu'il faut analyser et critiquer sans anachronisme.
XV. Épicure et Démocrite : le matérialisme antique
La dissertation de Marx de 1841 compare les philosophies de la nature de Démocrite et d'Épicure. Elle témoigne de sa connaissance de l'atomisme ancien et de son intérêt pour l'autonomie. Le clinamen, déviation atomique, est notamment connu par Lucrèce, De rerum natura, II, 216–293. Il faut distinguer le témoignage latin de ce qui est directement conservé d'Épicure. Le matérialisme historique du Marx mûr ne découle pas mécaniquement de cette physique antique : il s'agit d'une continuité de problèmes, non d'une doctrine immuable.
XVI. Hegel, Feuerbach et Marx : trois sens de l'aliénation
Chez Hegel, l'extériorisation peut participer au développement et à la reconnaissance de l'esprit ; elle n'est pas nécessairement une perte. Chez Feuerbach, l'aliénation religieuse consiste à attribuer à un être transcendant des propriétés humaines. Chez Marx, les rapports sociaux et les produits du travail peuvent dominer ceux qui les constituent. Les termes allemands et les contextes textuels doivent être distingués avant toute comparaison.
Hegel cherche à penser la médiation rationnelle des institutions ; Feuerbach, la réappropriation anthropologique ; Marx, la transformation des rapports matériels. Cette tripartition est une grille d'interprétation, non une citation des auteurs.
XVII. Nietzsche et Marx : deux critiques historiques des valeurs
Nietzsche interroge la genèse des évaluations morales, du ressentiment et de l'idéal ascétique, particulièrement dans La Généalogie de la morale (1887). Marx étudie les relations entre représentations, intérêts et organisation matérielle. Les deux contestent l'évidence intemporelle des valeurs, mais Nietzsche ne réduit pas les valeurs aux positions économiques et Marx ne propose pas une psychologie nietzschéenne des affects. Une comparaison de méthode ne démontre aucune filiation textuelle directe.
XVIII. Kierkegaard et Marx : existence et émancipation
Kierkegaard (volume LIV) privilégie la décision individuelle, le rapport à soi et la responsabilité religieuse ; Marx privilégie les conditions sociales dans lesquelles l'autonomie devient possible ou impossible. Une réforme institutionnelle ne garantit pas l'authenticité d'une vie personnelle ; une conversion existentielle ne supprime pas automatiquement les contraintes économiques. Leur tension permet de poser la question d'une liberté simultanément personnelle, juridique et matérielle.
XIX. Objections majeures
Théorie de la valeur : les traditions marginalistes, néoclassiques et marxistes proposent des explications concurrentes des prix, du profit et de la valeur. La théorie marxienne ne constitue pas un consensus économique universel.
Prédiction historique : la transformation du capitalisme par les syndicats, le droit social, la protection publique et les institutions démocratiques oblige à discuter les tendances plutôt qu'à supposer une succession inévitable d'étapes.
Organisation postcapitaliste : la coordination économique, la pluralité des pouvoirs, la garantie des libertés et la prévention de la domination bureaucratique demeurent des problèmes institutionnels. Marx n'a pas livré un modèle constitutionnel exhaustif de la société future.
Structure et agentivité : l'analyse des contraintes sociales doit conserver une place intelligible pour l'action individuelle et collective. L'explication d'une croyance par ses conditions sociales ne suffit pas à établir sa fausseté.
XX. Tableau de contrôle des preuves
| Proposition | Statut |
|---|---|
| L'Essence du christianisme paraît en 1841 | Fait établi |
| Feuerbach interprète les attributs divins comme projection humaine | Doctrine attestée |
| Toutes les religions historiques suivent un mécanisme identique | Hypothèse non démontrée |
| Les Manuscrits de 1844 sont un livre publié par Marx | Faux : manuscrits non publiés de son vivant |
| Les Thèses sur Feuerbach sont rédigées en 1845 | Fait établi |
| L'Idéologie allemande est un ouvrage achevé et publié en 1846 | Faux : ensemble manuscrit à histoire éditoriale complexe |
| Le Manifeste paraît en 1848 | Fait établi |
| Le livre I du Capital paraît en 1867 | Fait établi |
| Le fétichisme de la marchandise est une critique de la seule consommation | Faux |
| Marx connaît les traditions grecques et consacre sa thèse à Démocrite et Épicure | Fait établi |
| Aristote propose une théorie du capitalisme industriel | Anachronisme |
| La valeur-travail marxienne est unanimement acceptée | Faux |
XXI. Bibliographie et sources primaires
Sources : Feuerbach, Das Wesen des Christentums (1841) ; Grundsätze der Philosophie der Zukunft (1843). Marx, dissertation sur Démocrite et Épicure (1841) ; Introduction à la critique de la philosophie du droit de Hegel (1844) ; Manuscrits économico-philosophiques (1844) ; Thèses sur Feuerbach (1845) ; Marx et Engels, manuscrits de L'Idéologie allemande (1845–1846), Manifeste du parti communiste (1848) ; Marx, Contribution à la critique de l'économie politique (1859), Le Capital, livre I, chapitres 1, 4–10 et 26–33 (1867). Aristote, Politique, I, 8–11 ; Hésiode, Théogonie, v. 453–506 et 617–885 ; Lucrèce, De rerum natura, II, 216–293.
Études : David Leopold, The Young Karl Marx (2007) ; G. A. Cohen, Karl Marx's Theory of History: A Defence (1978) ; Allen W. Wood, Karl Marx, 2e éd. (2004) ; Terrell Carver, Marx (2018) ; Michael Heinrich, An Introduction to the Three Volumes of Karl Marx's Capital (2012) ; Gareth Stedman Jones, Karl Marx: Greatness and Illusion (2016) ; Étienne Balibar, La Philosophie de Marx (1993) ; Pierre Dardot et Christian Laval, Marx, prénom : Karl (2012) ; Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs (1965) ; Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant, Les Ruses de l'intelligence (1974).
Éditions et ressources de consultation :
- Stanford Encyclopedia of Philosophy — Karl Marx
- Marx, Le Capital, livre I, texte intégral anglais
- Le Capital, livre I, chapitre 1
- Le Capital, livre I, chapitre 26
- Marxists Internet Archive — œuvres de Marx et Engels
Conclusion
Feuerbach cherche à rendre à l'humanité les qualités qu'elle attribue à Dieu. Marx déplace la question : comment les individus peuvent-ils reprendre prise sur les rapports sociaux qu'ils reproduisent sans les maîtriser ? L'aliénation religieuse, l'aliénation du travail et le fétichisme marchand ne sont pas trois noms d'un phénomène identique, mais trois analyses qui articulent conscience, institutions et pratiques. La liberté apparaît comme un problème simultanément personnel, collectif et matériel. La comparaison avec Hegel, Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche montre qu'aucune théorie de l'émancipation ne peut éluder à la fois les conditions objectives et la responsabilité des individus.
Continuité : volume LIV — Kierkegaard ; présent volume LV — Feuerbach et Marx ; volume LVI — Auguste Comte, positivisme et religion de l'Humanité.
Note éditoriale : cette version consolide en un fichier public autonome les développements du volume LV livré auparavant dans la conversation. Aucune pièce privée, aucun brouillon WordPress et aucun contenu confidentiel ne sont inclus.