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MYTHOS — Encyclopédie universitaire des tragédies grecques

Volume CXI (111) — Eschyle, Les Phorcides (Phorkides, Φορκίδες)

Persée, les Grées et Méduse : le regard, la ruse et la violence héroïque aux frontières du monde

Série : MYTHOS — Encyclopédie des tragédies grecques. Continuité vérifiée : CX (110), Les Etnéennes → CXI (111), *Les Phorcides***. **Auteur : Eschyle, Ve siècle av. J.-C. Statut : tragédie perdue. Corpus de référence : Stefan Radt, Tragicorum Graecorum Fragmenta, III (1985), F 261–262. Témoins principaux : Athénée, Deipnosophistes IX, 402b ; tradition des Catastérismes 22 (Pseudo-Ératosthène) et Pseudo-Hygin, Astronomica II, 12. Limite capitale : F 261 conserve une brève formulation dramatique ; F 262 est surtout un témoignage narratif sur la pièce, non une scène intégrale.

Contrat philologique. Les fragments et témoignages sont étudiés séparément. Le récit mythographique tardif ne constitue pas une transcription de la tragédie. La reconstitution du chœur, des personnages, de l'ordre des épisodes et des effets de scène demeure conjecturale. Les citations grecques ne sont pas reconstruites. Les analogies avec Hésiode, Platon, Hegel, Nietzsche et d'autres mythologies sont interprétatives et non des preuves de filiation.

I. Une nouvelle tragédie après les Etnéennes

Le volume CX examinait la fondation d'Aitna, le mythe des Paliques et la légitimité politique en Sicile. Le volume CXI revient à un autre type de seuil : celui que Persée doit franchir pour atteindre les Gorgones. La continuité est celle de l'encyclopédie, non d'une tétralogie commune. Le personnage héroïque affronte des gardiennes qui partagent un seul œil. Le récit dramatique associe la maîtrise du regard, l'accès à un territoire interdit et la mort de Méduse. Ces thèmes sont assurés par les témoignages antiques ; leur disposition scénique précise est perdue.

II. Le titre et l'ambiguïté des filles de Phorcys

Phorkides signifie « filles de Phorcys ». Phorcys et Céto appartiennent aux puissances marines anciennes de la généalogie hésiodique. Le terme peut désigner, selon les contextes, les Grées et les Gorgones. Dans le dossier d'Eschyle, les Grées jouent le rôle de gardiennes des Gorgones, mais cela ne prouve pas que seules les Grées composaient le chœur. Un titre collectif suggère souvent une formation chorale dans la tragédie grecque ; cette suggestion n'est pas une identification démontrée.

III. Hésiode : le cadre généalogique antérieur

Dans la Théogonie d'Hésiode, vers 270–286, Phorcys et Céto engendrent les Grées et les Gorgones. Hésiode nomme deux Grées, Pemphrédo et Enyo ; il évoque aussi les trois Gorgones, dont Méduse est mortelle tandis que ses sœurs sont immortelles. La tradition ultérieure nomme souvent une troisième Grée, Deino. Le nombre et les noms des Grées varient selon les auteurs : une édition rigoureuse ne doit pas fondre toutes les versions en un récit unique attribué à Eschyle.

IV. Les Gorgones : mortalité et différence

Méduse se distingue des autres Gorgones par sa mortalité. Cette différence rend possible le succès de Persée et pose une question paradoxale : pourquoi l'une des filles d'une lignée monstrueuse est-elle exposée à la mort alors que ses sœurs ne le sont pas ? La tragédie perdue pouvait exploiter cette tension, mais aucune réplique conservée ne formule la question en ces termes. Hésiode est ici une source comparative antérieure, non une preuve du dialogue eschyléen.

V. Le fragment 261 Radt : l'entrée dans la caverne

Athénée, Deipnosophistes IX, 402b, cite Eschyle à propos d'un mot sicilien employé pour le sanglier, aschedoros. Il explique que, dans les Phorcides, le poète compare Persée à un sanglier entrant dans une caverne. Ce bref passage constitue le noyau textuel le plus sûr de la pièce. Il ne précise pas si Persée est seul, s'il s'adresse à un compagnon ou si la comparaison appartient à un récit de messager. La caverne est attestée dans la citation ; la forme de sa représentation théâtrale ne l'est pas.

VI. La comparaison avec le sanglier

Le sanglier est un animal puissant, dangereux et souvent lié à la chasse dans l'imaginaire grec. Comparer Persée à cet animal peut souligner sa détermination, sa vitesse ou son entrée agressive dans un espace hostile. Mais le sens exact dépendait du contexte perdu. Il serait prématuré d'affirmer que le héros est présenté comme un prédateur moralement condamnable ou comme un guerrier sans peur. L'image met en tension la chasse et la confrontation avec des êtres surnaturels.

VII. Une particularité linguistique : le sicilianisme

Athénée présente aschedoros comme un terme employé dans les régions de Sicile. La présence d'un sicilianisme dans un fragment d'Eschyle intéresse l'histoire des contacts linguistiques du poète, qui séjourna en Sicile. Toutefois, un mot dialectal ne permet pas de dater à lui seul la tragédie. Le débat sur la chronologie de la tétralogie de Persée doit confronter lexique, biographie, papyrus et iconographie. Voir E. A. Goins, « The Date of Aeschylus' Perseus Tetralogy », Rheinisches Museum 140 (1997), 193–210.

VIII. Le fragment 262 Radt : témoignage, non vers continu

Le dossier F 262 rassemble la tradition relative aux Grées gardant les Gorgones, à leur œil commun et à la ruse de Persée. La source est liée aux Catastérismes 22 transmis sous le nom de Pseudo-Ératosthène, avec un parallèle explicite chez Pseudo-Hygin, Astronomica II, 12. Il faut distinguer l'information attribuée à Eschyle du développement mythographique qui la véhicule. Le fragment numéroté par l'éditeur n'est pas nécessairement une citation versifiée du dramaturge.

IX. Le témoignage explicite de Pseudo-Hygin

Dans Astronomica II, 12, Pseudo-Hygin attribue expressément à Eschyle, dans les Phorcides, l'idée que les Grées gardaient les Gorgones. Les gardiennes se transmettaient un seul œil afin de surveiller les accès. Persée intercepte cet œil au moment du passage d'une sœur à l'autre et le jette dans le lac Tritonis ; la garde étant aveuglée, il peut surprendre Méduse endormie. La source est tardive et condensée : on ne sait pas quelle partie de ce récit reproduit la dramaturgie d'Eschyle, ni comment les étapes étaient mises en scène.

X. Un seul œil pour plusieurs gardiennes

Le dispositif d'un œil partagé est singulier. Les Grées voient à tour de rôle, mais leur vigilance collective dépend d'un objet transmissible. Le passage de l'œil crée un instant de vulnérabilité que Persée exploite. Cette structure narrative transforme une faculté corporelle en ressource collective. Il ne faut pas attribuer automatiquement à la pièce le partage d'une dent : cette caractéristique apparaît dans certaines versions du mythe, mais elle n'est pas garantie par les témoins du fragment 262.

XI. La ruse de Persée

Le héros ne triomphe pas par la force seule. Il agit au moment précis où les gardiennes ne disposent pas de leur moyen de surveillance. Le mythe associe donc mêtis — intelligence pratique, ruse, capacité d'anticipation — et violence. Le geste pose une question morale : l'efficacité héroïque suffit-elle à légitimer la dépossession de celles qui gardent un seuil ? L'interrogation est moderne ; aucun jugement explicite de ce type ne subsiste d'Eschyle.

XII. Le lac Tritonis : une localisation à manier avec précaution

Le récit de Pseudo-Hygin situe le rejet de l'œil dans le lac Tritonis. Cette localisation inscrit l'épisode dans une géographie mythique souvent associée à l'Afrique du Nord. Elle ne prouve pas qu'Eschyle représentait ce lac sur scène ou qu'il en donnait une description. La géographie des Grées et des Gorgones varie selon les sources, depuis les confins océaniques d'Hésiode jusqu'aux localisations plus précises des mythographes.

XIII. La caverne et le seuil

Le fragment 261 situe l'entrée de Persée dans une caverne. Le motif de la caverne peut être lu comme une frontière entre espace humain et domaine monstrueux. Mais il serait arbitraire de décrire des décors, une machine théâtrale ou des accessoires précis. Nous ignorons si le spectateur voyait l'entrée, si elle était seulement racontée ou si la scène était située devant un autre espace dramatique.

XIV. Les Grées comme gardiennes

Les Grées ne sont pas simplement des monstres passifs : le témoignage leur attribue une fonction, celle de garder les Gorgones. La vigilance partagée les transforme en système de protection. Cette dimension permet de poser la question de la violence héroïque contre des gardiennes qui accomplissent leur tâche. La tragédie pouvait susciter la peur, l'admiration ou une émotion plus ambiguë ; aucun passage conservé ne permet de déterminer la réponse attendue du public.

XV. La mort de Méduse : ce que nous savons et ignorons

Le récit mythographique affirme que Persée tue Méduse pendant son sommeil. L'épisode est au cœur du mythe, mais la manière dont Eschyle le traitait reste inconnue. Une représentation directe du meurtre n'est pas assurée. Le théâtre grec pouvait recourir à un récit de messager ou à des effets visuels indirects. Aucun dispositif scénique ne peut être restitué sans réserve.

XVI. La tête de Méduse et le regard pétrifiant

Dans de nombreuses versions du mythe, la tête de Méduse conserve une puissance dangereuse après la mort. L'iconographie grecque représente fréquemment le gorgoneion, visage frontal aux traits redoutables, employé notamment comme motif protecteur. Cependant, le fragment 261 ne décrit pas ce visage, et le témoignage 262 ne permet pas d'établir comment la tête apparaissait dans la tragédie. Il faut distinguer le dossier iconographique général et le texte eschyléen perdu.

XVII. La question du chœur

Un chœur de Grées est plausible puisque le titre est collectif et que les Grées sont centrales dans le récit. Mais un chœur de Gorgones ou une autre organisation ne peut être exclu par le titre seul. La recherche iconographique a proposé de reconnaître des Grées sur certains vases proches de l'époque d'Eschyle. Une représentation de trois figures ne démontre pas la composition exacte du chœur.

XVIII. Le dossier de la tétralogie de Persée

Deux titres tragiques attribués à Eschyle sont régulièrement associés au cycle de Persée : Les Phorcides et Polydecte. Le drame satyrique Les Tireurs de filet (Diktyoulkoi) est souvent rapproché de cet ensemble. Le nom de la troisième tragédie et l'organisation exacte de la tétralogie restent débattus. La simple juxtaposition de titres ne permet pas de dater ou d'ordonner les œuvres avec certitude.

XIX. Polydecte et l'origine de la mission

Dans la tradition mythique, Polydecte, souverain de Sériphos, cherche à éloigner Persée afin de poursuivre Danaé. Il lui impose la mission presque impossible de rapporter la tête de Méduse. Une tragédie eschyléenne intitulée Polydecte est attestée, mais son texte est perdu. Il est donc tentant de voir dans les Phorcides le volet central d'une histoire dramatique continue ; cette hypothèse ne vaut pas preuve d'une trilogie dont nous connaîtrions le scénario.

XX. Les Tireurs de filet : un autre genre, une autre temporalité

Le drame satyrique Diktyoulkoi traite de l'arrivée de Danaé et du jeune Persée à Sériphos dans un coffre rejeté par la mer. Des papyrus conservent des fragments beaucoup plus développés que ceux des Phorcides. Certains chercheurs ont proposé que cette pièce satyrique ait accompagné les tragédies du cycle de Persée. Si l'association est juste, elle montrerait qu'un drame satyrique pouvait revenir en arrière dans le temps mythique. Elle n'établit pas l'ordre des tragédies.

XXI. Platon : la connaissance et l'usage du regard

Dans la République, notamment le livre VII, Platon donne à la vision et à son orientation une fonction philosophique. Le mythe des Grées, dont l'œil circule entre plusieurs corps, fournit un contraste suggestif : voir n'est pas simplement posséder un organe, mais dépend d'une organisation de l'accès au monde. Platon ne commente pas les Phorcides ; le rapprochement n'est pas une interprétation antique attestée.

XXII. Platon : la ruse et la justice

La réussite de Persée résulte d'un acte de dépossession. Dans une lecture éthique, il faut distinguer l'efficacité de la ruse et sa justification. Les dialogues platoniciens interrogent à plusieurs reprises les rapports entre pouvoir, savoir et justice. Rien ne prouve cependant qu'Eschyle mettait en débat la légitimité du geste de Persée : la réflexion doit rester présentée comme une question posée au mythe, non comme une scène retrouvée.

XXIII. Hegel : reconnaissance et exclusion

Une lecture hégélienne peut comprendre les Grées comme gardiennes d'un ordre fermé et Persée comme agent d'une rupture. Mais la victoire du héros ne représente pas nécessairement un progrès moral. Le danger serait de lire les êtres qualifiés de « monstrueux » comme de simples obstacles à supprimer au nom d'une histoire téléologique. Le conflit peut au contraire révéler que l'ordre nouveau se constitue par une violence exercée contre des figures exclues de la communauté humaine.

XXIV. Nietzsche : le masque du héros et l'effroi

Nietzsche souligne dans La Naissance de la tragédie la proximité entre beauté héroïque et fond d'effroi. Persée affronte des êtres dont la vision est mortelle ; il doit contrôler son propre regard et déjouer celui des gardiennes. La scène mythique se prête à une lecture de l'horreur et de la puissance de l'image. Mais la tragédie perdue ne peut être réduite à une illustration de l'opposition apollinien/dionysiaque.

XXV. Aristote : l'action tragique et ses lacunes

La Poétique d'Aristote examine la cohérence de l'action, la reconnaissance et le renversement. Dans les Phorcides, les témoignages laissent entrevoir une mission, une ruse et un meurtre. Pourtant, nous ignorons si la pièce organisait ces événements dans cet ordre et quel personnage portait l'enjeu tragique principal. Une intrigue reconstruite d'après la mythographie ne doit pas être présentée comme le mythos d'Eschyle.

XXVI. Le genre et le spectaculaire

La confrontation avec des Grées partageant un œil et avec les Gorgones a pu donner lieu à des effets visuels remarquables. L'iconographie de l'époque montre que les artistes expérimentaient diverses manières de représenter ces figures. Mais la présence de monstres dans un récit ne prouve pas l'emploi de masques particuliers, de marionnettes, d'une machinerie ou d'un chœur de trois vieilles femmes. Toute proposition scénique doit être étiquetée comme reconstruction.

XXVII. L'iconographie du cratère de Métaponte

John H. Oakley, « Perseus, the Graiai, and Aeschylus' Phorkides », American Journal of Archaeology 92.3 (1988), p. 383–391, étudie un cratère attique à figures rouges découvert à Métaponte, daté vers 460 av. J.-C. Il propose de reconnaître les Grées sur une face et de rapprocher cette iconographie de la tragédie perdue. L'hypothèse d'une influence théâtrale est argumentée, mais non certaine. Une notice MYTHOS doit parler d'« image possiblement inspirée par la pièce », non de « photographie d'une scène d'Eschyle ».

Référence : https://www.journals.uchicago.edu/doi/pdf/10.2307/505554

XXVIII. Comparaisons mythologiques prudentes

Le motif de gardiennes qui protègent un seuil peut être comparé à des figures de gardiens dans d'autres mythologies. En Mésopotamie, certains êtres hybrides protègent les accès sacrés ; en Égypte, des gardiens et des portes structurent les itinéraires de l'au-delà. Ces analogies sont fonctionnelles et très générales. Elles n'établissent aucune influence directe sur Eschyle. Le partage d'un œil entre plusieurs sœurs demeure un trait spécifique du dossier grec, qui ne doit pas être assimilé sans preuve à un symbole égyptien de l'œil divin.

XXIX. Un problème éthique : la fabrication du monstre

Les Gorgones et les Grées appartiennent à une catégorie d'êtres que les récits héroïques placent hors du monde humain ordinaire. Leur apparence facilite parfois leur traitement comme adversaires à éliminer. Une lecture contemporaine peut examiner les effets de cette qualification : qui définit le monstre, qui décide du danger, et quelle place le récit laisse-t-il à la vulnérabilité de Méduse ? Il faut toutefois éviter de prêter à Eschyle une critique explicite du meurtre ou un discours de Méduse qui ne sont pas attestés.

XXX. Tableau de certitude philologique

Proposition Statut
Eschyle a composé Les Phorcides Attesté
F 261–262 Radt Numérotation critique vérifiée
Persée comparé à un sanglier entrant dans une caverne Citation transmise par Athénée IX, 402b
Les Grées gardent les Gorgones dans la tradition attribuée à Eschyle Témoignage explicite de Pseudo-Hygin
L'œil est intercepté par Persée Témoignage mythographique
L'œil est jeté dans le lac Tritonis Version de Pseudo-Hygin, pas vers conservé
Méduse est tuée pendant son sommeil Témoignage mythographique
Le chœur est composé des trois Grées Hypothèse
Persée parle dans le fragment 261 Non établi
La mort de Méduse est montrée sur scène Non établi
Polydecte et Les Tireurs de filet formaient une tétralogie certaine Non établi
Le cratère de Métaponte reproduit une scène exacte Non démontré

XXXI. Sources primaires

  1. Athénée, Deipnosophistes IX, 402b : citation du fragment 261 et commentaire sur le sicilianisme. Texte et traduction anglaise : https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Athenaeus/9D%2A.html
  2. Pseudo-Hygin, Astronomica II, 12 : attribution expresse à Eschyle du rôle des Grées comme gardiennes des Gorgones. Texte latin : https://latin.packhum.org/loc/899/1/21/1122-1127
  3. Pseudo-Ératosthène, Catastérismes 22 : tradition astrale de Persée et de la Gorgone, à confronter au témoignage 262.
  4. Hésiode, Théogonie 270–286 : généalogie de Phorcys, Céto, Grées et Gorgones.
  5. Pseudo-Apollodore, Bibliothèque II, 4, 2–3 : version mythographique développée de la mission de Persée, non équivalente à la tragédie.
  6. Ovide, Métamorphoses IV, 770 et suiv. : parallèle postérieur, non restitution eschyléenne.
  7. Prométhée enchaîné 790–800, pièce d'attribution eschyléenne débattue : description comparative des Grées et des Gorgones.

XXXII. Bibliographie critique

XXXIII. Conclusion générale — La souveraineté du regard

Les Phorcides ne nous sont connues que par un bref fragment et des témoignages mythographiques. Pourtant, elles posent un problème d'une grande richesse : la victoire héroïque repose sur le contrôle de l'accès à la vision. Les Grées gardent un seuil grâce à un œil commun ; Persée profite du moment où cet œil circule pour neutraliser la surveillance. Le héros entre alors dans l'espace des Gorgones et peut accomplir sa mission.

Thèse interprétative : l'histoire de Persée peut être lue comme un drame de la visibilité et de la vulnérabilité : posséder la vision donne du pouvoir, mais la dépendance à un instrument partagé expose aussi à la ruse. La réussite du héros ne dispense pas d'interroger la violence exercée contre les gardiennes et Méduse. Cette lecture n'est pas présentée comme la pensée littérale d'Eschyle, dont les scènes sont perdues.

Continuité éditoriale : volume CX, Les Etnéennes → volume CXI, Les Phorcides. Le volume CXII devra être choisi après nouveau contrôle du catalogue, sans supposer que Polydecte a nécessairement été joué immédiatement après Les Phorcides.