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Eupolis — Prospaltioi (Les Prospaltiens) : dème, guerre et cité

MYTHOS — Monographie universitaire. Eupolis, Prospaltioi (Προσπάλτιοι, « Les Prospaltiens »), comédie ancienne perdue. Méthode : [A] faits et témoignages antiques ; [B] hypothèses et analyses modernes ; [C] invention littéraire contemporaine. Aucune scène originale n'est présentée comme un fragment retrouvé.

I. Un titre civique : le dème de Prospalta

[A] Le titre désigne les habitants de Prospalta, dème attique de la tribu Acamantide. Le pluriel ethnique rend plausible une représentation collective de citoyens de ce dème. [B] Un chœur de Prospaltiens est généralement supposé, mais le titre seul ne fournit ni les paroles du chœur ni son programme politique. Référence : Eupolis, Prospaltioi, dans Kassel–Austin, Poetae Comici Graeci, V ; S. Douglas Olson, Fragmenta Comica 8.1 (2017).

II. Datation et carrière d'Eupolis

[A] Eupolis est actif dans la comédie athénienne à partir des années 420 et probablement dès 429 av. J.-C. [B] La datation des Prospaltioi au début de sa carrière est une hypothèse savante, non une année garantie par une didascalie conservée. Ian C. Storey, Eupolis: Poet of Old Comedy (Oxford, 2003), propose une chronologie argumentée ; Olson rappelle les incertitudes qui pèsent sur plusieurs dates de la carrière du poète.

III. Le dème et la cité : l'échelle du politique

[A] Dans l'Athènes classique, le dème constitue une unité de citoyenneté et de vie locale, intégrée au système politique issu des réformes de Clisthène. [B] Une comédie intitulée Les Prospaltiens peut exploiter le contraste entre l'expérience des habitants de l'Attique et les décisions prises au centre urbain. Mais aucune scène précise de délibération ou d'ambassade des Prospaltiens ne doit être inventée comme une donnée ancienne.

IV. Guerre du Péloponnèse et déplacement des ruraux

[A] Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 14–17, décrit l'abandon des campagnes attiques et l'installation forcée de populations rurales à Athènes au début de la guerre. [B] Ce contexte donne un cadre historiquement plausible à une satire des rapports entre ville et campagne ; il ne prouve pas que les Prospaltioi racontaient précisément cet exode.

V. La comparaison avec Les Acharniens

[A] Aristophane, Les Acharniens (425 av. J.-C.), mobilise un groupe civique territorial comme chœur et traite les tensions de la guerre. [B] La proximité formelle entre titres de dèmes ne démontre ni emprunt direct, ni antériorité d'un modèle précis, ni intrigue commune. Le rapprochement sert à formuler une question d'histoire du théâtre, non à reconstituer les vers perdus d'Eupolis.

VI. Philologie de la collectivité

[B] L'ethnique au pluriel, Prospaltioi, transforme une appartenance locale en identité scénique. Ce procédé peut faire du chœur une communauté de jugement, de plainte ou de satire. Il serait abusif d'en déduire un programme politique univoque : un même collectif comique peut être ridiculisé et investi d'autorité selon les moments de la pièce.

VII. Hegel, Nietzsche, Vernant et Détienne

[B] Hegel permet d'interroger la tension entre l'appartenance concrète à une communauté locale et les exigences de l'universalité politique. Nietzsche invite à examiner les jugements de valeur opposant « rustiques » et « citadins ». Les travaux de Jean-Pierre Vernant et Marcel Détienne suggèrent de replacer ces oppositions dans des pratiques civiques et discursives situées, plutôt que de les traiter comme des essences sociales. Le comparatisme de Georges Dumézil n'apporte ici aucune grille trifonctionnelle démontrable ; son invocation doit rester méthodologiquement limitée.

VIII. Le problème de la reconstitution

[B] Le texte intégral est perdu. Une hypothèse narrative peut faire intervenir des citoyens ruraux contestant l'usage urbain du pouvoir, mais elle ne doit pas être imprimée comme résumé authentique de l'intrigue. Une reconstruction sérieuse indique ce qui vient du titre, des fragments, de l'histoire attique et de l'imagination moderne.

IX. Scène originale — L'assemblée des chemins

[C — Création littéraire contemporaine MYTHOS.] LE PROSPALTIEN : « À Athènes, dit-on, chacun possède une voix. » LE CITADIN : « C'est la loi. » LE PROSPALTIEN : « Mon chemin est coupé, ma terre est vide et mon voisin dort sous un portique. Ma voix est-elle restée dans mon champ ? » LE CITADIN : « Tu peux parler à l'Assemblée. » LE PROSPALTIEN : « Et qui parlera pour le blé pendant que je serai là ? » LE CITADIN : « La cité doit penser à tous. » LE PROSPALTIEN : « Alors qu'elle commence par compter ceux qu'elle a fait partir. » Aucun de ces mots n'est attribuable à Eupolis.

X. Appareil critique et bibliographie

Sources anciennes : Eupolis, Prospaltioi, fragments et témoignages édités dans R. Kassel et C. Austin, Poetae Comici Graeci, V ; Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 14–17 ; Aristophane, Les Acharniens (425 av. J.-C.). Études : Ian C. Storey, Eupolis: Poet of Old Comedy, Oxford University Press, 2003, notice éditeur ; S. Douglas Olson, Eupolis: Testimonia and Aiges–Demoi, Fragmenta Comica 8.1, 2017, édition numérique. L'absence de certitude sur le contenu narratif est constitutive du dossier.

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