Trente-trois dossiers pour situer chaque drame dans son mythe, son dispositif scénique et ses problèmes d’interprétation. Les pièces ne sont pas traitées comme de simples résumés du mythe : chacune est une réécriture autonome.
Méthode. MYTHOS distingue le récit reconstruit, le texte antique précis, les pratiques cultuelles et l’interprétation moderne. Lorsqu’une tradition diverge, la divergence est traitée comme une donnée à analyser et non comme une erreur à corriger.
Eschyle — Les Perses
À Suse, la reine Atossa et le chœur des vieillards attendent des nouvelles de Xerxès. La défaite de Salamine est annoncée, l’ombre de Darius est invoquée et Xerxès revient brisé.
Pièce exceptionnelle par son sujet historique récent, elle fait voir la victoire grecque depuis le côté perse. L’enjeu n’est pas de transformer les Perses en caricature : deuil, pouvoir monarchique, erreur de Xerxès et limites humaines s’articulent dans une dramaturgie de la catastrophe.
Sources / repères : Eschyle, Perses (472 av. J.-C.).
Eschyle — Les Sept contre Thèbes
Étéo cle défend Thèbes contre l’armée de Polynice et de six alliés. Chaque porte reçoit un champion. Les deux frères finissent par se tuer.
La pièce met en scène la cité assiégée et la malédiction familiale. Les descriptions de boucliers fonctionnent comme langage symbolique ; l’affrontement final transforme la guerre civique en duel fratricide.
Sources / repères : Eschyle, Sept contre Thèbes (467).
Eschyle — Les Suppliantes
Les Danaïdes fuient un mariage imposé avec les fils d’Égyptos et demandent asile à Argos. Le roi Pélasgos doit arbitrer entre devoir religieux envers les suppliantes et risque de guerre.
La pièce est capitale pour la supplication, l’étranger et la décision politique. Elle montre que l’accueil n’est ni pure morale privée ni réflexe automatique : il engage la cité et ses institutions.
Sources / repères : Eschyle, Suppliantes.
Eschyle — Agamemnon
Agamemnon revient de Troie avec Cassandre. Clytemnestre l’accueille, le persuade de marcher sur des étoffes pourpres puis le tue dans le palais avec Cassandre.
Premier volet de l’Orestie : le retour victorieux devient catastrophe domestique. La pièce accumule signes, mémoire d’Iphigénie, ambiguïtés du langage et imaginaire du filet.
Sources / repères : Eschyle, Agamemnon (458).
Eschyle — Les Choéphores
Oreste revient à Argos, retrouve Électre sur la tombe d’Agamemnon et tue Égisthe puis Clytemnestre.
La vengeance commandée par Apollon devient matricide. Le drame refuse donc la solution simple : réparer un meurtre en commet un autre et déclenche la poursuite des Érinyes.
Sources / repères : Eschyle, Choéphores (458).
Eschyle — Les Euménides
Poursuivi par les Érinyes, Oreste gagne Delphes puis Athènes. Athéna institue un tribunal ; le vote est partagé et Oreste acquitté. Les Érinyes reçoivent une place nouvelle dans la cité.
La pièce ne raconte pas un passage simple de « vengeance primitive » à « justice moderne ». Elle met en scène une transformation négociée : les anciennes puissances ne sont pas éliminées, elles sont intégrées à un nouvel ordre rituel et civique.
Sources / repères : Eschyle, Euménides (458).
Eschyle ? — Prométhée enchaîné
Prométhée est attaché à un rocher pour avoir favorisé les humains et volé le feu. Il refuse de céder devant Zeus et possède un savoir sur une menace future contre le souverain.
L’attribution à Eschyle est discutée par la recherche moderne. La pièce doit donc être étudiée à la fois pour sa puissante réflexion sur technique, pouvoir et résistance, et pour le problème philologique de son statut dans le corpus.
Sources / repères : Prométhée enchaîné, attribution traditionnelle à Eschyle, discutée.
Sophocle — Ajax
Après que les armes d’Achille ont été attribuées à Ulysse, Ajax veut tuer les chefs achéens mais Athéna le frappe de folie : il massacre du bétail. Retrouvant ses esprits, il se suicide.
La pièce examine l’honneur héroïque dans un collectif qui a changé. Après la mort d’Ajax, le débat sur sa sépulture oblige même Ulysse à défendre les droits funéraires d’un ennemi.
Sources / repères : Sophocle, Ajax.
Sophocle — Antigone
Créon interdit d’ensevelir Polynice. Antigone accomplit malgré tout les rites funéraires et est condamnée. Hémon et Tirésias échouent à infléchir Créon à temps.
Réduire la pièce à un duel « droit divin contre droit de l’État » est trop simple. Le texte croise famille, cité, sexe, autorité, sépulture, parole prophétique et temporalité de la décision.
Sources / repères : Sophocle, Antigone.
Sophocle — Les Trachiniennes
Déjanire attend Héraclès et reçoit Iole comme captive. Croyant raviver l’amour de son époux, elle utilise le sang du centaure Nessos ; le poison détruit Héraclès.
La tragédie repose sur une erreur sans intention meurtrière. Le savoir est fragmenté : Déjanire agit avec une information trompeuse, et la puissance héroïque d’Héraclès s’effondre sous l’effet d’un objet transmis depuis longtemps.
Sources / repères : Sophocle, Trachiniennes.
Sophocle — Œdipe roi
Une peste frappe Thèbes. Œdipe enquête sur le meurtre de Laïos et découvre qu’il est lui-même le meurtrier, fils de Laïos et époux de sa mère Jocaste.
La force du drame ne tient pas à un « complexe » psychologique avant la lettre mais à l’ironie du savoir : l’enquêteur est l’objet de son enquête. Chaque progrès vers la vérité détruit l’identité qui rendait l’enquête possible.
Sources / repères : Sophocle, Œdipe roi.
Sophocle — Électre
Électre vit dans le deuil d’Agamemnon. Oreste revient secrètement et fait annoncer sa propre mort avant la reconnaissance et le meurtre d’Égisthe et Clytemnestre.
La pièce accentue la durée du deuil et la ténacité d’Électre. Comparée aux Choéphores et à l’Électre d’Euripide, elle montre combien un même mythe peut changer selon l’architecture dramaturgique.
Sources / repères : Sophocle, Électre.
Sophocle — Philoctète
Abandonné à Lemnos à cause d’une plaie, Philoctète possède l’arc d’Héraclès, nécessaire à la prise de Troie. Ulysse demande au jeune Néoptolème de le tromper pour s’en emparer.
Le drame oppose efficacité stratégique et vérité de la relation. Néoptolème découvre que réussir par tromperie transforme aussi celui qui trompe. Héraclès, apparaissant à la fin, redéfinit la mission héroïque.
Sources / repères : Sophocle, Philoctète (409).
Sophocle — Œdipe à Colone
Vieil Œdipe, guidé par Antigone, arrive à Colone près d’Athènes. Sa mort mystérieuse doit conférer une puissance protectrice au territoire qui l’accueille.
Le personnage maudit de Thèbes devient héros local potentiel. La pièce est donc essentielle pour comprendre le passage du héros narratif au héros cultuel et la relation entre supplication, territoire et mémoire.
Sources / repères : Sophocle, Œdipe à Colone, représenté après 406.
Euripide — Alceste
Admète peut échapper à la mort si quelqu’un meurt à sa place ; seule Alceste accepte. Héraclès, accueilli sans connaître le deuil, affronte finalement la Mort et ramène Alceste.
La pièce articule hospitalité, sacrifice conjugal et dette. Elle occupait une position de quatrième pièce au concours, ce qui explique aussi son ton singulier entre tragédie et dénouement réparateur.
Sources / repères : Euripide, Alceste.
Euripide — Médée
Jason abandonne Médée pour épouser la fille du roi de Corinthe. Médée prépare sa vengeance, tue la princesse et Créon puis ses propres enfants avant de s’échapper sur le char d’Hélios.
Euripide radicalise la tradition en donnant au meurtre des enfants une place centrale. La pièce met en tension statut d’étrangère, serments, mariage, parole agonistique et intelligence stratégique.
Sources / repères : Euripide, Médée.
Euripide — Les Héraclides
Les enfants d’Héraclès, poursuivis par Eurysthée, cherchent refuge en Attique. Athènes les protège mais un sacrifice humain est annoncé comme condition de victoire.
La tragédie lie supplication, protection des faibles et idéologie civique athénienne, tout en compliquant l’image de l’accueil par l’exigence sacrificielle.
Sources / repères : Euripide, Les Héraclides.
Euripide — Hippolyte
Aphrodite punit Hippolyte pour son mépris du désir. Phèdre tombe amoureuse de son beau-fils, se suicide et l’accuse par écrit ; Thésée maudit son fils, qui meurt avant que la vérité soit révélée.
Le conflit ne se réduit pas à sexualité contre chasteté : deux puissances divines, Aphrodite et Artémis, encadrent des formes incompatibles de vie. Le langage du serment et de la réputation joue un rôle décisif.
Sources / repères : Euripide, Hippolyte.
Euripide — Andromaque
Andromaque, devenue captive et concubine de Néoptolème, est menacée par Hermione et Ménélas. Pélée intervient ; la mort de Néoptolème à Delphes reconfigure l’avenir.
La pièce montre l’après-Troie depuis le point de vue des femmes captives et des nouvelles maisons dynastiques. La victoire grecque produit des conflits durables plutôt qu’un ordre stable.
Sources / repères : Euripide, Andromaque.
Euripide — Hécube
Après la chute de Troie, Hécube perd Polyxène sacrifiée sur la tombe d’Achille puis découvre le meurtre de son fils Polydore par Polymestor ; elle organise une vengeance terrible.
La pièce étudie la transformation d’une reine vaincue par des pertes successives. La vengeance d’Hécube pose le problème de la justice lorsque les institutions politiques sont dissoutes par la guerre.
Sources / repères : Euripide, Hécube.
Euripide — Les Suppliantes
Les mères des chefs morts devant Thèbes demandent à Athènes de récupérer les corps que les Thébains refusent de rendre. Thésée intervient.
Funérailles, droit des morts et idéologie athénienne s’articulent. La pièce est un contrepoint utile à l’Antigone : le problème de sépulture passe ici à l’échelle inter-civique.
Sources / repères : Euripide, Les Suppliantes.
Euripide — Héraclès
Héraclès revient des Enfers et sauve sa famille du tyran Lycos, mais Héra provoque ensuite sa folie : il tue sa femme et ses enfants. Thésée l’empêche de se suicider et l’emmène à Athènes.
Le drame place la catastrophe après la victoire. La question devient : comment vivre après un acte irréparable commis sans volonté consciente ? L’amitié de Thésée offre une réponse humaine, non une annulation de la faute.
Sources / repères : Euripide, Héraclès.
Euripide — Ion
Créuse, fille d’Érechthée, a eu d’Apollon un enfant abandonné. À Delphes, ce fils devenu serviteur du sanctuaire rencontre sans le savoir sa mère ; une série de faux diagnostics conduit finalement à la reconnaissance.
La pièce soumet la généalogie civique à l’incertitude et interroge le comportement d’Apollon. Elle est précieuse pour étudier la fabrication mythique des origines athéniennes.
Sources / repères : Euripide, Ion.
Euripide — Les Troyennes
Après la chute de Troie, Hécube, Cassandre, Andromaque et Hélène attendent leur répartition parmi les vainqueurs. Astyanax est condamné à mort.
La guerre est vue presque entièrement depuis les vaincues. Le drame déplace l’intérêt de l’exploit militaire vers les conséquences humaines du sac, de l’esclavage et de la décision collective.
Sources / repères : Euripide, Les Troyennes.
Euripide — Électre
Électre est mariée à un paysan qui respecte sa virginité. Oreste revient ; les deux tuent Égisthe puis Clytemnestre, mais le matricide apparaît immédiatement comme un désastre moral.
Euripide discute ouvertement certains signes de reconnaissance connus d’Eschyle. La pièce est donc à la fois tragédie du matricide et réflexion sur la tradition tragique elle-même.
Sources / repères : Euripide, Électre.
Euripide — Iphigénie en Tauride
Artémis a sauvé Iphigénie à Aulis et l’a transportée en Tauride, où elle doit sacrifier les étrangers. Oreste y arrive avec Pylade ; frère et sœur se reconnaissent et s’échappent avec la statue d’Artémis.
La reconnaissance transforme une situation sacrificielle en réunion familiale. La pièce construit aussi une étiologie cultuelle reliant Tauride, Attique et Artémis.
Sources / repères : Euripide, Iphigénie en Tauride.
Euripide — Hélène
Dans cette version, Hélène n’est jamais allée à Troie : un fantôme l’a remplacée tandis qu’elle est restée en Égypte. Ménélas la retrouve après la guerre.
Euripide exploite une variante ancienne associée notamment à Stésichore. Le drame interroge la différence entre nom et réalité, réputation et corps : une guerre entière a pu se déployer autour d’une image.
Sources / repères : Euripide, Hélène.
Euripide — Les Phéniciennes
Jocaste est encore vivante et tente de réconcilier Étéocle et Polynice. Le siège de Thèbes rassemble une grande partie du cycle thébain : oracle, Ménécée, duel fratricide et crise de succession.
La pièce est presque encyclopédique. Elle juxtapose des épisodes que d’autres tragédies isolent, produisant une vision panoramique de la maison d’Œdipe et de la guerre civile.
Sources / repères : Euripide, Les Phéniciennes.
Euripide — Oreste
Après le meurtre de Clytemnestre, Oreste et Électre attendent le jugement d’Argos. Condamnés, ils élaborent un plan désespéré contre Hélène et Hermione avant l’intervention finale d’Apollon.
La pièce montre une cité où le verdict collectif ne résout pas la violence. Le ton instable, parfois presque grotesque, rend la crise des héros particulièrement moderne aux lecteurs, mais doit être comprise dans les expérimentations tardives d’Euripide.
Sources / repères : Euripide, Oreste.
Euripide — Les Bacchantes
Dionysos revient à Thèbes pour imposer la reconnaissance de sa divinité. Penthée refuse son culte, est fasciné puis déguisé avant d’être déchiré par les Bacchantes, dont sa mère Agavé.
La pièce ne se réduit pas à un plaidoyer pour l’irrationnel. Elle met en scène reconnaissance divine, contrôle du regard, identité sexuelle, pouvoir royal, rituel et catastrophe produite par l’incapacité à situer Dionysos.
Sources / repères : Euripide, Les Bacchantes.
Euripide — Iphigénie à Aulis
La flotte grecque attend à Aulis. Agamemnon a convoqué Iphigénie sous prétexte de mariage avec Achille, mais elle doit être sacrifiée à Artémis. La jeune fille passe de la supplication à l’acceptation dans le texte transmis.
La fin de la pièce est textuellement complexe et son histoire de transmission doit être prise en compte. Le drame confronte langage patriotique, autorité paternelle, armée, mariage fictif et sacrifice.
Sources / repères : Euripide, Iphigénie à Aulis.
Euripide — Rhésos
Une attaque nocturne du camp thrace par Ulysse et Diomède conduit à la mort de Rhésos.
La pièce transmise sous le nom d’Euripide est souvent considérée comme d’attribution douteuse. Elle dialogue avec la Dolonie de l’Iliade et constitue un excellent exemple pour expliquer les problèmes de canon et d’authenticité.
Sources / repères : Euripide, Rhésos.
Euripide — Le Cyclope
Ulysse et ses compagnons rencontrent Polyphème en Sicile. Le satyre Silène et son chœur sont intégrés à l’épisode homérique.
Seul drame satyrique complet conservé, le Cyclope montre comment un mythe épique peut être réécrit dans un genre comique et rituel différent. Il faut donc éviter de lire toutes les versions du Cyclope comme équivalentes.
Sources / repères : Euripide, Le Cyclope.
Deux dossiers universitaires pour approfondir la scène dionysiaque
Le théâtre athénien ne se résume pas à un répertoire de récits mythiques : l’organisation du concours, les masques, la place du chœur, le jugement des spectateurs et le contexte civique font partie de l’œuvre. Deux lectures suivies complètent les notices du répertoire : la première analyse la reconnaissance de Dionysos chez Euripide ; la seconde compare Eschyle et Euripide comme personnages comiques chez Aristophane.
Les dossiers comprennent passages numérotés, problèmes d’interprétation, bibliographies universitaires et exercices corrigés.