Reine des morts, fille de Déméter, séparation, retour et pouvoir souterrain.
Korè et Perséphone : fille perdue, reine retrouvée
Dans l’Hymne homérique à Déméter, son enlèvement déclenche la crise agricole et la rupture de Déméter avec les dieux. Son retour partiel ne restaure pas simplement l’état initial : Perséphone devient définitivement souveraine souterraine.
Dans l’Odyssée XI, elle apparaît comme une puissance redoutable du monde des morts. L’image de la jeune fille fragile est donc seulement une phase du dossier.
Les récits majeurs
La cueillette et l’ouverture de la terre
Le récit de l’Hymne commence par la jeune fille cueillant des fleurs lorsque la terre s’ouvre et laisse surgir Hadès. La scène combine beauté, piège et rupture brutale du monde de l’enfance.
La grenade
Avant son retour, Perséphone mange un grain de grenade. Le motif garantit qu’elle conservera une part de temps auprès d’Hadès. La proportion varie selon les traditions ; il ne faut pas chercher un calendrier universel.
Reine des morts
Dans l’épopée, elle peut envoyer des figures monstrueuses ou contrôler les âmes. L’autorité de Perséphone est donc bien établie au-delà du seul récit maternel.
Éleusis et la promesse rituelle
Le couple Déméter–Korè est au cœur des Mystères. Les textes suggèrent une espérance particulière pour les initiés sans autoriser une reconstruction complète du secret rituel.
Généalogie et relations
Cultes et sanctuaires
Éleusis
Déesse centrale des Mystères avec Déméter.
Sicile
Les traditions locales situent fréquemment l’enlèvement dans des paysages siciliens et donnent au couple une forte présence civique.
Locres Épizéphyriennes
Les fameux pinakes montrent une iconographie de mariage et de souveraineté particulièrement riche.
Sanctuaires chthoniens
Offrandes et associations avec Hadès / Ploutôn varient fortement selon les régions.
Variantes selon les auteurs
| Source / période | Ce qui change ou ce que la source met au premier plan |
|---|---|
| Hymne homérique à Déméter | Récit détaillé de l’enlèvement, du deuil maternel et du compromis. |
| Homère, Odyssée | Perséphone apparaît déjà pleinement comme reine des morts. |
| Traditions siciliennes | Localisent l’enlèvement et développent une géographie propre. |
| Iconographie de Locres | Met fortement en valeur mariage, trône et souveraineté plutôt que la seule jeune fille cueillant des fleurs. |
Iconographie : comment le reconnaître ?
Consulter des œuvres antiques
Cette image d’ambiance est une illustration IA. Pour l’iconographie antique, la page décrit les motifs à rechercher et renvoie vers une collection muséale.
Rechercher « Perséphone » au Metropolitan Museum ↗
Un fragment grec, avec traduction
L’adjectif hagnê marque une qualité religieuse de la déesse ; il ne signifie pas simplement « innocente » au sens psychologique moderne.
Ce que les hellénistes ont renouvelé
Statut et transformation
Les analyses contemporaines insistent sur le passage de Korè à reine plutôt que sur un simple aller-retour saisonnier.
Iconographie de Locres
Les pinakes ont renouvelé l’étude de Perséphone en montrant l’importance du mariage et de la souveraineté.
Éleusis
Le secret initiatique impose une méthode prudente : distinguer témoignage antique, hypothèse savante et reconstruction moderne.
Sources antiques prioritaires
• Hymne homérique à Déméter.
• Homère, Odyssée, chant XI.
• Hésiode, Théogonie.
• Pausanias et documents iconographiques de Grande-Grèce.
Bibliographie sélective
• Claude Calame, travaux sur mythe et rite.
• Vinciane Pirenne-Delforge, travaux sur religion grecque.
• Walter Burkert, études des cultes à mystères.
• Louise Bruit Zaidman & Pauline Schmitt Pantel, La religion grecque.
Étude universitaire MYTHOS — Perséphone : souveraineté, enlèvement et traditions de Locres
Complément universitaire, octobre 2026. Perséphone ne se réduit ni à la jeune fille de l’enlèvement ni à une allégorie botanique du printemps. Dans l’Hymne homérique à Déméter, elle est au cœur d’une négociation entre dieux ; dans l’Odyssée, elle figure parmi les puissances du monde des morts ; à Locres, elle reçoit un culte dont les objets et les inscriptions attestent des fonctions locales. L’enjeu consiste à distinguer récit, culte, image, objet archéologique et interprétation contemporaine.
1. Corpus comparé : quatre types de source
| Source | Situation historique | Ce que l’on peut étudier |
|---|---|---|
| Hymne homérique à Déméter | Poème transmis par un manuscrit médiéval présentant des lacunes | Enlèvement, enquête maternelle, répartition du séjour de Perséphone, création d’une étiologie cultuelle |
| Homère, Odyssée XI | Épopée archaïque dans une tradition textuelle complexe | Puissance de Perséphone dans l’Hadès et statut des morts |
| Relief d’Éleusis, Athènes inv. 126 | Monument du troisième quart du Ve siècle av. n. è. | Relations figurées entre Déméter, Korè et Triptolème |
| Pinakes et inscriptions de Locres | Documents votifs et épigraphiques surtout du Ve siècle av. n. è. | Images locales du rapt, du mariage, du pouvoir souterrain et de l’activité cultuelle |
2. L’enlèvement n’est pas un récit d’accord amoureux
Dans l’Hymne homérique à Déméter, Perséphone cueille des fleurs, puis Hadès l’enlève avec l’assentiment de Zeus. Le récit précise que sa mère n’a pas participé à cet accord et que Perséphone est emmenée contre sa volonté. La prairie et le narcisse composent une scène de rupture brutale, non un modèle de cérémonie matrimoniale consensuelle. Une lecture des formes de mariage dans la Grèce antique est possible, à condition de ne pas faire du poème une description directe des pratiques sociales ordinaires.
Texte de travail : traduction annotée de Gregory Nagy, Center for Hellenic Studies, vers 1–74. Distinguer ce que le narrateur sait dès le début et ce que Déméter apprend progressivement.
3. Déméter et Perséphone : une relation qui réorganise le cosmos
Le deuil de Déméter suspend la fertilité des terres. L’action divine devient alors une crise de subsistance pour les hommes et une menace pour les offrandes faites aux dieux. L’ordre collectif ne peut être rétabli que par une négociation impliquant Zeus, Hadès, Perséphone et Déméter. La structure du poème articule donc perte, savoir, pouvoir et restitution sans supprimer entièrement la souveraineté d’Hadès sur le monde inférieur.
4. La grenade et le calendrier : ce que l’Hymne dit exactement
Les vers qui évoquent la consommation de la grenade se trouvent dans une zone lacunaire du manuscrit médiéval. En revanche, vers 463–465, la version conservée indique que Perséphone passera un tiers de l’année sous la terre et deux tiers avec sa mère et les immortels. Le schéma populaire des six mois de séparation et six mois de réunion ne doit pas être présenté comme un consensus des sources anciennes. La correspondance automatique entre séjour infernal et saison hivernale demeure une simplification pédagogique.
Référence : CHS, vers 445–470 et note sur la déchirure du manuscrit. Pour tout commentaire philologique, citer l’édition grecque effectivement retenue et marquer les restitutions du texte.
5. L’autre Perséphone : une puissance de l’Hadès
Dans le chant XI de l’Odyssée, Perséphone est associée au rassemblement ou à l’envoi de figures du monde des morts. Le passage ne raconte pas sa descente initiale et ne transforme pas la reine souterraine en simple figure passive. Les fonctions de Perséphone varient donc selon le genre du texte et le moment du récit : souveraineté chez les morts, statut familial et puissance rituelle ne se confondent pas.
Source primaire : Scaife Atlas / Perseus, Odyssée XI ; sélectionner une édition grecque pour contrôler les mentions de Perséphone et leurs contextes.
6. Le grand relief d’Éleusis : l’original et ses copies
Le grand relief conservé au Musée archéologique national d’Athènes, inventaire 126, daté vers 440–430 av. n. è., montre Déméter, Triptolème et Perséphone. Les gestes sont généralement interprétés comme le don d’épis et l’intervention de Korè auprès du jeune bénéficiaire. Il ne s’agit pas de la reproduction d’une cérémonie secrète intégrale. L’objet est connu aussi par des moulages modernes dont les numéros de catalogue ne doivent pas être confondus avec celui de l’original.
Notices contrôlables : University of Cambridge, moulage 129 et identification de l’original 126 ; Louvre, tirage Gy 0515.
7. Locres Épizéphyriennes : une Perséphone locale
À Locres, en Grande-Grèce (Calabre actuelle), le sanctuaire de Perséphone de la contrada Mannella a livré de nombreuses plaques votives en terre cuite moulée, appelées pinakes. Elles constituent une documentation exceptionnelle sur des représentations locales du rapt, de la procession, du don et de la vie de la déesse. Les images ont été datées principalement du Ve siècle av. n. è. Elles ne sont ni une transcription du texte de l’Hymne ni un règlement liturgique illustré.
Ressources institutionnelles : Catalogue général du patrimoine culturel italien, Musée et parc archéologique national de Locres ; présentation institutionnelle des pinakes et de leurs lieux de conservation.
8. Premier objet de Locres : le rapt et la résistance
Le pinax locrien 2/5, code de catalogue national 1800178075, est reconstitué à partir de trois fragments originaux. Il figure Hadès jeune et imberbe soulevant Perséphone vers un char tiré par deux chevaux sans ailes ; l’attitude de Perséphone manifeste la surprise et la résistance. Une perforation supérieure montre que l’objet pouvait être suspendu dans un espace cultuel. Les parties manquantes ont été complétées : la photographie de l’objet actuel ne représente donc pas uniquement de la matière antique.
Fiche du ministère italien de la Culture : pinax votif locrien 2/5, mi-Ve siècle av. n. è.. Cette notice permet de séparer forme matérielle, restitution et scène représentée.
9. Deuxième objet : les variations du char
Le pinax de type locrien 2/3, code 1800000031, montre aussi l’enlèvement mais avec un char tiré par des chevaux ailés. L’objet est composé de fragments réunis et de parties complétées. Les différences avec le type 2/5 ne doivent pas être réduites à une erreur d’artiste : elles témoignent de variantes iconographiques dans le même sanctuaire, à examiner selon les ateliers, les moules et les usages.
Catalogue national italien, pinax 2/3, Locres, première moitié du Ve siècle av. n. è..
10. Une identification discutée : Perséphone ou Aphrodite ?
Une autre plaque de Locres, type 9/1, code national 1800000026, montre une déesse assise ouvrant une corbeille où repose un enfant. Le catalogue italien présente l’identification de cette figure comme Perséphone ou Aphrodite avec un point d’interrogation, et l’identification du nourrisson comme Adonis reste elle aussi hypothétique. L’incertitude n’est pas un défaut de la notice : elle documente les limites de l’interprétation iconographique.
Fiche de catalogue 1800000026, sanctuaire de Locres. L’attribution ne doit pas être simplifiée en « Perséphone tenant Adonis » sans mention de la discussion.
11. Mariage et musique : des interprétations savantes
Les plaques locriennes comportent des motifs de mariage, d’offrandes et de pratiques musicales. Angela Bellia a étudié les scènes où la musique accompagne des gestes de sacrifice, en les reliant aux pratiques féminines et à des contextes prénuptiaux. Ces analyses proposent une relation entre images, rite et statut social ; elles ne prouvent pas que chaque jeune femme de Locres déposait nécessairement la même plaque lors d’une cérémonie unique.
Angela Bellia, « La musica e il sacrificio nell’Occidente greco. Ancora considerazioni sulle performances musicali nei rituali femminili locresi », Scienze dell’Antichità 23/3 (2017), p. 59–68 ; notice de recherche, Université de Palerme.
12. Une inscription : des offrandes à la déesse
Jessica Piccinini a publié une dédicace du Ve siècle av. n. è. offerte « à la déesse » par trois personnes portant des noms locaux. Elle propose un rapprochement avec le sanctuaire extra-urbain de Perséphone, mais l’attribution précise repose sur une enquête de provenance et de contexte. Cette inscription rappelle que les objets et les reliefs figurés doivent être accompagnés par les documents écrits, même lorsque ceux-ci sont laconiques.
Jessica Piccinini, « Dedica di tre magistrati locresi », Axon 3/1 (2019), édition et analyse, Université Ca’ Foscari.
13. Les objets et les restitutions contemporaines
Le Metropolitan Museum possède une ancienne notice de fragment de pinax locrien représentant le rapt, 1989.281.60. Sa fiche précise que l’œuvre a été restituée à l’Italie en mars 2026 et qu’elle ne fait plus partie des collections du musée. Cette information est particulièrement importante pour une bibliothèque numérique : citer l’ancienne notice pour la bibliographie ne signifie pas que le musée conserve toujours la pièce.
Metropolitan Museum, notice historique de 1989.281.60 et statut de restitution en 2026. En légende, indiquer « ancienne collection du Metropolitan Museum ; restitué à l’Italie » plutôt que « conservé au Met ».
14. Trois images du même mythe, trois niveaux de lecture
| Image ou document | Donnée assurée | Question interprétative |
|---|---|---|
| Relief d’Éleusis, inv. 126 | Original du Ve siècle av. n. è. avec Déméter, Perséphone et Triptolème | Quel rôle de la jeune déesse dans le don des céréales ? |
| Locres, pinax 2/5 (1800178075) | Rapt représenté sur plaque votive en argile, partiellement reconstituée | Quelle fonction de cette scène pour les dédicants locaux ? |
| Locres, pinax 2/3 (1800000031) | Rapt avec chevaux ailés | Comment interpréter la diversité des modèles dans la production votive ? |
| Locres, pinax 9/1 (1800000026) | Déesse au trône, corbeille et enfant, attribution discutée | Perséphone, Aphrodite, Adonis : quelles identifications sont seulement hypothétiques ? |
15. Perséphone et les initiations : ne pas confondre Éleusis et Locres
Le culte d’Éleusis se rattache aux Deux Déesses et à un programme initiatique dont les rites les plus secrets ne nous sont pas parvenus de façon complète. À Locres, les plaques et inscriptions présentent d’autres aspects de la déesse, notamment la sphère nuptiale et la représentation d’un pouvoir sous terre. Le même nom divin ne garantit pas l’identité de deux institutions. La recherche doit comparer datations, espaces, participants et supports matériels plutôt que postuler une doctrine commune.
16. Les rencontres entre Perséphone et Aphrodite
Certaines images locriennes ont été rapprochées des fonctions d’Aphrodite. Le débat concerne l’interprétation des figures féminines, des scènes de mariage et de la vie rituelle des jeunes filles. Une catégorie moderne telle que « fusion » de deux déesses doit être argumentée ; parfois les fonctions et les réseaux de cultes se croisent sans que tous les objets représentent une seule déesse composite. Le pinax 9/1 donne un exemple précis d’une attribution prudente dans la fiche muséale.
17. Réception et contresens fréquents
- « Perséphone incarne simplement le retour du printemps » : réduction d’un récit d’enlèvement, d’autorité divine et de transformation du monde à une allégorie saisonnière.
- « Elle reste six mois chez chacun » : généralisation inexacte lorsque l’on cite l’Hymne, qui mentionne un tiers de l’année sous terre.
- « Les pinakes décrivent les Mystères d’Éleusis » : confusion entre deux sanctuaires et leurs traditions documentaires.
- « Toutes les figures féminines des plaques sont Perséphone » : interprétation impossible pour certains objets à identification disputée.
- « Le Met conserve encore le fragment 1989.281.60 » : notice devenue obsolète depuis sa restitution en 2026.
18. Bibliographie et corpus prioritaires
- Gregory Nagy, traduction annotée de l’Hymne homérique à Déméter, Center for Hellenic Studies.
- Oxford Classical Dictionary, « Persephone/Kore », synthèse des cultes et de l’iconographie locrienne.
- Catalogue général italien du patrimoine culturel, pinax 2/5 ; pinax 2/3 ; pinax 9/1.
- Angela Bellia, « La musica e il sacrificio nell’Occidente greco », Scienze dell’Antichità, 2017 ; notice universitaire.
- Jessica Piccinini, « Dedica di tre magistrati locresi », Axon 3/1 (2019), édition épigraphique en accès ouvert.
- Grand relief d’Éleusis, Musée archéologique national d’Athènes, inv. 126 ; Cambridge, documentation d’un moulage.
- Metropolitan Museum of Art, ancien fragment 1989.281.60, restitution en mars 2026.
19. Parcours universitaire avec réponses de méthode
- Débutant : lire les vers 1–74 et 445–470 de l’Hymne, puis écrire séparément les responsabilités attribuées à Zeus, Hadès, Déméter et Perséphone.
- Licence : comparer le grand relief d’Éleusis et les pinakes 2/5 et 2/3 ; noter support, lieu, date, acteurs représentés et fonction probable.
- Master : confronter la documentation locrienne, les travaux de Bellia et l’inscription éditée par Piccinini ; discuter la place des femmes et les limites d’une lecture nuptiale universelle.
- Histoire des collections : examiner la notice 1989.281.60 et expliquer pourquoi une base de données muséale doit être actualisée après restitution d’une antiquité.
Parcours MYTHOS : Déméter et les Mystères d’Éleusis · Hadès · Hermès psychopompe · Odyssée et monde des morts · Sources et méthodes · Catalogue général.
Note scientifique : les objets inventoriés prouvent l’existence de représentations votives, non la totalité des pratiques auxquelles elles étaient associées. Les interprétations de scènes discutées demeurent des hypothèses ; les photographies de musées ne sont pas reproduites sans vérification de leur licence.