MYTHOS | Civilisations du monde — Afrique du Nord et Méditerranée occidentale. Repères chronologiques : IXe–IIe siècle av. n. è. (puis Carthage romaine). Étude historique et interprétative avec distinction entre sources et hypothèses.

Des fondations phéniciennes à la métropole africaine

Fondée par des groupes liés à la cité phénicienne de Tyr, Carthage se développe dans le golfe de Tunis, à un carrefour maritime et agricole stratégique. La date traditionnelle de 814/813 av. n. è. est un repère transmis par les auteurs anciens, pas un acte de fondation observé archéologiquement. Le développement urbain, les ports et les relations avec les sociétés d’Afrique du Nord s’étendent sur plusieurs siècles. Carthage devient progressivement une puissance dominant des réseaux maritimes et des territoires, mais ses formes de contrôle varient selon les îles, les cités alliées et l’arrière-pays.

Institutions, économie et domination

Les deux suffètes, le conseil des anciens et des assemblées apparaissent dans les témoignages de l’Antiquité. Aristote estime certains éléments de la constitution carthaginoise dignes d’étude, sans fournir un traité administratif complet. La force commerciale de la cité repose sur les échanges méditerranéens, des productions artisanales, la fiscalité et une agriculture nord-africaine dont les auteurs gréco-romains ont vanté les savoir-faire. Les guerres, les obligations imposées aux communautés dépendantes et les rapports avec les populations libyennes empêchent de réduire Carthage à une paisible république de marchands.

Hannibal, Rome et la guerre

Les guerres puniques de 264–241, 218–201 et 149–146 av. n. è. transforment le bassin occidental de la Méditerranée. La traversée des Alpes par Hannibal et ses victoires tactiques n’aboutissent pas à la victoire politique finale. L’expansion romaine, les coalitions locales et les ressources mobilisées par les deux États doivent être étudiées ensemble. La prise et la destruction de Carthage en 146 av. n. è. s’accompagnent plus tard d’une refondation romaine de la ville ; elles ne signifient pas que tous les habitants de culture punique cessent d’exister.

Baal Hammon, Tanit et le tophet

Les stèles et ex-voto du tophet ainsi que les inscriptions dédiées à Tanit et Baal Hammon sont essentiels à l’étude des pratiques rituelles carthaginoises. La nature des dépôts de restes d’enfants a suscité une controverse scientifique portant notamment sur le sacrifice, les rites funéraires et la représentativité des témoignages gréco-romains. Le dossier doit exposer les données archéologiques, les critiques des sources hostiles et les interprétations contradictoires, sans présenter une explication définitivement close. Melqart, Eshmoun et d’autres figures illustrent la diversité des cultes puniques.

Mythe de Didon, mémoire et méthode

L’Élyssa des traditions de fondation et la Didon de l’Énéide sont des figures de mémoire et de littérature. Virgile les associe à une téléologie romaine, plus qu’il ne documente les débuts réels de Carthage. L’histoire de la cité se reconstruit par les fouilles, la numismatique, les inscriptions puniques et les récits de Polybe, Appien et d’autres auteurs extérieurs, dont les perspectives sont situées. Comparer Carthage et Rome permet de demander comment les vainqueurs façonnent la mémoire des vaincus.

Lire les sources et prolonger l’enquête

Protocole critique

Les chronologies archéologiques et inscriptions contemporaines sont privilégiées. Les traditions littéraires rédigées plusieurs siècles après les événements doivent être présentées comme des sources de mémoire. Les rapprochements mythologiques constituent des interprétations, sauf démonstration indépendante de contacts et de transmission.