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title: "MYTHOS — Comédies grecques, volume VIII : Cratinos, Odysseis" description: "Les Odyssées de Cratinos : Ulysse, le Cyclope, le repas monstrueux, la parodie homérique, le chœur et les limites de la reconstruction des comédies perdues."

MYTHOS — Encyclopédie des comédies grecques, volume VIII

Cratinos, Odysseis (Ὀδυσσῆς) — Ulysse et ses compagnons : le Cyclope au tribunal du rire

Monographie philologique, historique, philosophique et dramaturgique ; dossier public GitHub du 2 novembre 2026. Continuation du volume VII, consacré aux Ploutoi de Cratinos. Ce dossier ne remplace aucun article historique de MYTHOS.

Convention documentaire. [A] = texte ou témoignage antique transmis, avec indication de sa source et de ses limites ; [B] = hypothèse de reconstitution, inférence ou comparaison philosophique moderne ; [C] = écriture dramatique contemporaine, inventée pour MYTHOS. Les paroles des deux scènes [C] ne sont ni des fragments retrouvés, ni des traductions, ni une édition d'Eupolis ou de Cratinos. Lorsque le contexte d'un fragment est inconnu, son attribution à un personnage particulier reste une hypothèse.

I. [A] Le titre : qui sont les « Ulysses » ?

Le titre grec Odysseis est traditionnellement rendu par Les Ulysses, Ulysse et ses compagnons ou Les Compagnons d'Ulysse. Le pluriel pose une question dramaturgique avant même qu'on lise les fragments : désigne-t-il les membres de l'expédition, une communauté portant le nom du héros, ou une désignation comique collective ? Il n'autorise pas à affirmer que plusieurs Ulysses identiques se succédaient sur scène. La forme plurielle n'est pas, à elle seule, un résumé d'intrigue.

État matériel : la pièce de Cratinos n'est conservée ni en rouleau continu ni en manuscrit dramatique complet. Notre documentation repose sur des citations brèves, des notices et des discussions grammaticales ou littéraires tardives. L'édition critique de référence demeure R. Kassel et C. Austin, Poetae Comici Graeci, IV, Aristophon–Crobylus, Berlin–New York, 1983, section Cratinos, Odysseis. Le rapprochement avec Homère, Odyssée IX, est certain comme horizon littéraire général ; la fidélité de la pièce au déroulement homérique est une autre question.

II. [A] La source homérique : une épreuve de parole et de force

Dans L'Odyssée IX, 105–566, Ulysse raconte son arrivée chez les Cyclopes, sa rencontre avec Polyphème, la dévoration de compagnons, l'ivresse provoquée par le vin, le nom trompeur « Personne », l'aveuglement du monstre et la fuite sous les béliers. Le récit homérique appartient à un récit rétrospectif du héros : la voix d'Ulysse contrôle la mémoire des événements, la présentation de sa prudence et celle de ses erreurs.

Sur une scène comique, le même épisode peut changer de centre de gravité. Un Cyclope qui parle en public, un équipage qui conteste son chef ou un chœur qui juge l'aventure ne sont plus enfermés dans le récit d'un seul narrateur. C'est une possibilité de transformation théâtrale, non un contenu intégralement attesté chez Cratinos.

III. [A] Un fragment décisif : la violence devient cuisine

L'un des témoignages les plus souvent discutés concerne le discours d'un mangeur qui menace de préparer les compagnons comme des aliments, en multipliant les procédés culinaires. Il est conservé par Athénée, Deipnosophistes VIII, 385c, et étudié sous Cratinos, Odysseis, fr. 147 Kassel–Austin. La dimension culinaire du fragment est réelle ; la traduction détaillée et l'établissement de chaque mot exigent la consultation de l'édition grecque.

Le contraste avec Homère est puissant : le Cyclope de l'épopée dévore ses victimes, mais le langage comique du traitement gastronomique transforme l'horreur en catalogue de préparations. La cruauté n'est pas abolie ; elle devient grotesque parce qu'elle adopte les codes ordinaires du repas. S. Douglas Olson a précisément rappelé, dans « Cratinus' Cyclops — and Others » (2014), qu'un tel fragment ne suffit pas à reconstituer une « pièce du Cyclope » selon une progression entièrement connue.

IV. [B] Pourquoi la cuisine est-elle philosophiquement importante ?

Dans l'épopée, Polyphème est un contre-modèle de l'hospitalité : il refuse de reconnaître les devoirs qu'Ulysse invoque envers l'étranger. Dans une comédie où le monstre parle comme un cuisinier, la frontière entre nourriture et personne devient instable. Ce qui devrait être protégé comme hôte peut être compté comme viande.

Une lecture moderne peut distinguer trois opérations : dépersonnalisation (le compagnon est réduit à une portion), domestication verbale de la violence (l'assassinat prend le nom d'une recette), et renversement de l'autorité (le monstre peut maîtriser un vocabulaire de civilité culinaire tout en détruisant ses conditions morales). Ce sont des catégories analytiques contemporaines. Elles ne constituent pas une philosophie explicitement formulée par Cratinos.

V. [A/B] Les compagnons et la question du chœur

L'Oxford Classical Dictionary, notice « Cratinus », signale que le fragment 151 suggère un chœur représentant l'équipage d'Ulysse. La même notice mentionne, à propos du fragment 152, l'hypothèse d'un accessoire naval, peut-être une maquette de bateau portée dans l'orchestra. Il faut conserver deux degrés de certitude différents : le fragment donne une indication textuelle ; la forme concrète du dispositif scénique reste une proposition interprétative.

Un chœur de compagnons n'aurait pas seulement une fonction décorative. Dans le récit homérique, les marins dépendent du commandement du héros ; sur scène, ils pourraient lui répondre collectivement. Il est tentant d'imaginer une parodie de discipline maritime. Rien ne permet toutefois de rédiger comme authentiques les chants de cet équipage.

VI. [A] Platônios et l'étiquette de « comédie moyenne »

Un témoignage tardif, traditionnellement cité comme Platônios, De differentiis comoediarum, 7 et 12, présente les Odysseis comme une œuvre singulière : l'absence alléguée de railleries personnelles et certaines particularités de l'usage choral la rapprocheraient, selon ce commentateur, de la comédie dite « moyenne ». Cette classification est rétrospective. Elle ne prouve ni que Cratinos ait voulu créer un nouveau genre, ni qu'aucun chœur n'ait existé.

Une difficulté est même visible : le témoignage de Platônios, lu comme exclusion complète du chœur, entre en tension avec la lecture chorale du fr. 151. La contradiction invite à reconsidérer la terminologie du commentateur, l'état des fragments et les critères antiques de classement. Une histoire littéraire critique ne choisit pas automatiquement le témoin qui correspond le mieux à son récit de l'évolution des genres.

VII. [B] L'illusion d'une datation sûre

La pièce est parfois placée dans la première carrière de Cratinos, notamment parce qu'on la suppose peu engagée dans l'invective politique directe. Il serait cependant circulaire de dater une œuvre par son caractère « pré-moyen », puis de présenter cette date comme preuve de son caractère précurseur.

Les hypothèses reliant sa représentation à une restriction juridique de la satire politique athénienne ne constituent pas une datation documentée par une didascalie conservée. La date exacte demeure incertaine. Les comparaisons chronologiques avec le Cyclope d'Euripide ne doivent pas transformer un rapprochement de thème en rapport de dépendance démontré.

VIII. [B] Parodie épique ou drame du Cyclope ?

Une parodie épique détourne des situations, une diction et des attentes associées à Homère ; une pièce du Cyclope peut centrer l'action sur Polyphème ; une comédie de l'équipage peut redistribuer les points de vue entre le chef et ses hommes. Ces trois descriptions ne sont pas synonymes.

Dans son article de 2014, Olson prend le fr. 147 comme cas d'école pour demander ce que l'on sait réellement de l'arc dramatique des pièces perdues. Il met en garde contre une reconstruction trop sûre à partir de quelques motifs. L'interprétation retenue ici est donc minimale : le dossier associe Cratinos au cycle d'Ulysse et à une menace culinaire du Cyclope ; il ne peut restituer la liste exacte des épisodes, ni garantir que la scène de l'aveuglement reproduisait Homère.

IX. [A/B] Épicharme, le burlesque mythologique et les transferts de genres

Épicharme, actif dans le monde grec de Sicile, avait développé des traitements comiques de récits héroïques, dont des figures d'Ulysse. Ioannis M. Konstantakos, « Mythological Burlesque, Parody, and Literary Games, from Epicharmus to Aristophanes », Veleia 41 (2024), souligne la circulation des procédés : Cyclope gastronomique, jeux de rôle et usage de la culture homérique du public.

Il est historiquement pertinent d'inscrire Cratinos dans cette histoire intertextuelle. Il serait en revanche excessif d'affirmer, sans parallèle verbal précis, que telle réplique des Odysseis « copie » telle réplique d'Épicharme. L'influence générique ne garantit pas une filiation ligne à ligne. Le spectateur peut rire d'un monstre à la fois terrifiant et connaisseur de cuisine sans reconnaître une citation précise.

X. [A/B] Euripide : le Cyclope n'est pas un témoin direct de Cratinos

Le Cyclope d'Euripide, seul drame satyrique grec intégralement conservé, permet d'observer une autre théâtralisation du livre IX de l'Odyssée. Il associe le héros, le monstre et un groupe de satyres, avec une organisation dramatique propre. C'est une comparaison précieuse sur les potentialités de la scène, non un manuscrit de remplacement pour la comédie perdue.

Le rôle des satyres chez Euripide ne permet pas d'en déduire la présence de satyres chez Cratinos ; de même, une situation similaire ne démontre pas que les deux pièces suivaient le même ordre de scènes. Les ressemblances peuvent tenir au matériau homérique commun et aux conventions de performance.

XI. [B] Hegel : reconnaissance et non-reconnaissance de l'hôte

Une comparaison philosophique avec Hegel peut partir de la reconnaissance. Dans la rencontre homérique, l'étranger demande à être traité comme une personne ayant des droits liés à l'hospitalité ; le Cyclope substitue sa force à cette demande. La comédie peut exacerber le problème en faisant de la victime un aliment.

La question moderne devient : une communauté peut-elle être dite rationnelle lorsqu'elle possède un langage élaboré mais refuse la reconnaissance de l'autre ? Le monstre-cuisinier est un dispositif analytique fécond, car il dissocie compétence technique et relation éthique. Ce rapprochement ne suppose évidemment ni que Cratinos ait connu Hegel ni que sa pièce formulait une théorie du droit.

XII. [B] Nietzsche : l'astuce du faible et l'ambiguïté de la ruse

Le héros homérique l'emporte par la ruse plutôt que par une supériorité physique. Une lecture inspirée de Nietzsche peut interroger la valorisation de l'intelligence rusée, l'invention des noms et le retournement du rapport de forces. Elle doit éviter un schéma simpliste où Ulysse serait « le faible moral » et Polyphème « le fort vital ».

La force brute du Cyclope ne le rend pas admirable ; la ruse d'Ulysse ne l'innocente pas de toutes ses décisions. Chez Homère, le défi lancé au monstre après la fuite ouvre une suite de conséquences désastreuses. Le rire comique peut rendre visibles les limites du chef qui aime trop être reconnu comme vainqueur. Cette lecture est une extrapolation critique à partir du cycle épique, pas une scène assurée des Odysseis.

XIII. [B] Vernant et Détienne : mêtis, identité et hospitalité

Les travaux de Jean-Pierre Vernant et Marcel Détienne sur la mêtis grecque, notamment Les Ruses de l'intelligence. La mètis des Grecs (1974), offrent une grille plus proche des catégories culturelles grecques. Ulysse mobilise une intelligence des circonstances, des mots et des apparences. Le nom « Personne » n'est pas une simple plaisanterie ; il devient une opération qui neutralise la communication entre le Cyclope et ses voisins.

Sur scène, une ruse de langage peut se convertir en jeu de répliques, malentendus et retournements. Cependant, faute de texte continu de Cratinos, on ne sait pas si le célèbre épisode du nom occupait une scène complète, une allusion brève ou aucune scène. Le motif homérique est attesté ; sa distribution dramaturgique chez Cratinos ne l'est pas.

XIV. [B] Dumézil : une comparaison qui ne doit pas devenir une preuve

La présence d'un héros, d'un monstre et d'un groupe de compagnons n'établit aucune structure trifonctionnelle. Le comparatisme de Georges Dumézil suppose des correspondances construites entre plusieurs traditions et des fonctions clairement identifiables, non la simple distribution de personnages en trois groupes.

Pour ce dossier, son apport est principalement méthodologique et négatif : ne pas plaquer un schéma comparatif sur un matériau lacunaire. Une analyse de la violence, de l'hospitalité et de la ruse gagne davantage à articuler l'épopée, le témoignage comique et leurs contextes propres.

XV. [B] Une expérience dramaturgique : trois scénarios concurrents

Scénario 1, burlesque homérique relativement suivi. La pièce reprendrait plusieurs épisodes de la rencontre avec Polyphème, avec transformations comiques de l'hospitalité, du vin et de la fuite. C'est possible, mais l'ordre et la présence de chacun de ces épisodes ne sont pas attestés.

Scénario 2, procès du chef par ses compagnons. Le pluriel du titre et l'hypothèse d'un chœur de marins inviteraient à une redistribution collective de la parole. Aucun témoignage n'établit qu'Ulysse était accusé ou jugé dans la pièce.

Scénario 3, satire du Cyclope gastronome. Le fragment culinaire pourrait constituer le centre d'un épisode autonome, dans une intrigue qui ne reproduisait pas tout le livre IX. C'est une hypothèse plus ouverte, mais non une certitude supérieure aux autres.

Ces scénarios sont incompatibles comme restitutions exclusives ; leur juxtaposition sert à empêcher que l'une d'elles devienne, par répétition, un « fait » dans les pages de MYTHOS.

XVI. [C] Scène originale I — Le menu des étrangers

Création littéraire contemporaine MYTHOS. Ni traduction ni reconstitution d'un passage grec.

LE CYCLOPE — Qui entre dans ma maison ?

LE PREMIER MARIN — Des voyageurs.

LE CYCLOPE — C'est une profession ?

LE PREMIER MARIN — C'est une condition.

LE CYCLOPE — Dans ma cuisine, toutes les conditions deviennent des portions.

ULYSSE — Avant de nous compter, demande nos noms.

LE CYCLOPE — Le nom ne nourrit personne.

ULYSSE — Il empêche parfois qu'on le mange.

LE CYCLOPE — J'ai un livre de recettes plus ancien que tes lois.

LE DEUXIÈME MARIN — Nous avons un livre de voyages plus ancien que ta table.

LE CYCLOPE — Voilà deux livres. Lequel sert le dîner ?

ULYSSE — Celui qui apprend à recevoir un étranger sans l'effacer.

LE CYCLOPE — Je ne connais qu'une manière d'effacer les gens.

LE CHŒUR IMAGINAIRE DES MARINS — Alors il te reste à apprendre à lire avant de manger.

Note dramaturgique [C] : le chœur est ici une invention d'écriture, même si un témoignage fragmentaire a suscité l'hypothèse d'un chœur d'équipage dans la pièce antique.

XVII. [C] Scène originale II — Personne réclame sa part

Création littéraire contemporaine MYTHOS.

LE GREFFIER — Qui demande justice ?

ULYSSE — Personne.

LE GREFFIER — S'il n'y a personne, l'audience est levée.

ULYSSE — Je suis ici.

LE GREFFIER — Alors tu mens.

ULYSSE — J'ai dû mentir pour sortir vivant.

LE GREFFIER — La vérité attendra-t-elle toujours que tu sois en sécurité ?

LE PREMIER MARIN — Nous avons survécu à la force du monstre. Nous survivrons peut-être à la gloire de notre chef.

ULYSSE — Je n'ai demandé que le retour.

LE PREMIER MARIN — Et pourtant tu veux aussi que chacun sache ton nom.

LE GREFFIER — Inscrivons donc au registre : Personne a sauvé des hommes ; Ulysse veut qu'on le remercie.

ULYSSE — Est-ce une condamnation ?

LE GREFFIER — Non. Une question à laquelle tu devras répondre en rentrant.

Note critique [C] : le greffier, le procès et les répliques sont entièrement modernes. L'épisode homérique du pseudonyme « Personne » ne prouve pas qu'une telle scène figurait chez Cratinos.

XVIII. [B] Histoire de la réception : pourquoi les fragments ont-ils survécu ?

Les textes comiques fragmentaires ont souvent été préservés parce qu'un auteur postérieur s'intéressait à un mot rare, une recette, une coutume ou une question de classement littéraire. Athénée est une source majeure pour le vocabulaire alimentaire et convivial ; Platônios l'est pour les catégories de l'histoire du genre. La transmission sélectionne donc des passages selon les intérêts des lecteurs tardifs, pas selon leur importance dramatique originelle.

Il serait erroné de conclure que la pièce ne parlait que de cuisine parce que les citations culinaires sont frappantes. De même, l'absence de témoignages politiques directs ne prouve pas l'absence de toute portée politique dans le spectacle. La méthode exige une asymétrie : on peut analyser les fragments conservés ; on ne peut pas déduire une totalité de ce qui manque.

XIX. [A/B] Appareil critique : carte des preuves

Énoncé Statut Référence et limite
Cratinos a composé une pièce intitulée Odysseis [A] Tradition des titres et fragments, PCG IV
Le cycle d'Ulysse et du Cyclope fournit un arrière-plan essentiel [A/B] Homère IX ; témoignages comiques, articulation scénique inconnue
Une menace de préparation culinaire est transmise [A] Athénée VIII 385c ; fr. 147 K–A, texte à contrôler en édition
Un chœur d'équipage est proposé [A/B] fr. 151 ; inférence soulignée par OCD
Un modèle réduit de navire était certainement sur scène Non établi hypothèse à partir du fr. 152
Platônios décrit une proximité avec la comédie moyenne [A] De differentiis comoediarum 7, 12 ; catégorisation tardive
La pièce ne contenait aucun chœur Contestable interprétation trop littérale de Platônios, tension avec fr. 151
Cratinos reproduisait tous les épisodes de l'Odyssée IX Non établi reconstruction non démontrée
Les scènes « Menu » et « Personne » sont de Cratinos Faux : [C] invention MYTHOS 2026

XX. Bibliographie critique vérifiable

Sources antiques et éditions

Études spécialisées

Comparaisons philosophiques modernes

XXI. Conclusion : ce que la perte nous oblige à penser

Les Odysseis illustrent un paradoxe : plus un mythe est familier, plus il est facile de prendre pour une preuve ce qui n'est qu'une projection. Nous connaissons le Cyclope d'Homère ; nous sommes tentés de lui prêter, chez Cratinos, le même itinéraire. Or la comédie antique ne se réduisait pas à illustrer un texte scolaire. Elle pouvait transformer le monstre en gastronome, donner une voix aux compagnons et jouer avec les attentes des spectateurs.

Le fragment culinaire, la question du chœur et le jugement de Platônios ne reconstituent pas une pièce complète. Ils permettent toutefois une histoire critique de l'invention théâtrale : comment l'épopée devient dialogue, comment la terreur devient rire, comment l'hospitalité se transforme en problème de langage et de pouvoir. L'exigence universitaire de MYTHOS est précisément de ne pas confondre cette interprétation féconde avec une édition de vers perdus.

Navigation de la série : Volume VII — Cratinos, Ploutoi · Volume VI — Cratinos, Némésis · Portail Théâtre grec · Bibliothèque historique des comédies perdues.

Fin du volume VIII. Les volumes I–VII, les pages historiques et les autres séries MYTHOS demeurent inchangés.