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title: "MYTHOS — Comédies grecques, volume VII : Cratinos, Ploutoi (Les Dieux de la richesse)" description: "Monographie critique sur les Ploutoi de Cratinos : Titans, Cronos, âge d'or, papyrus Cumont, richesse, esclavage, comédie politique et deux scènes contemporaines."

MYTHOS — Encyclopédie des comédies grecques, volume VII

Cratinos, Ploutoi (Πλοῦτοι) — Les Dieux de la richesse : les Titans jugent la cité

Étude universitaire philologique, historique, dramaturgique et philosophique ; série publique GitHub. 2 novembre 2026. Suite canonique du volume VI, consacré à Némésis de Cratinos. Le présent volume ne remplace pas les études historiques de MYTHOS sur Ploutos d'Aristophane.

Règle de lecture : [A] = donnée textuelle ou témoignage antique transmis et localisé ; [B] = conjecture, interprétation, modèle comparatif moderne ; [C] = invention littéraire de MYTHOS. Une citation d'Athénée peut authentifier quelques mots de Cratinos, jamais l'ordre complet des scènes. Les scènes [C] sont intégralement modernes. Les anciennes numérotations Kock ne sont pas automatiquement équivalentes à celles de Kassel–Austin (PCG) : elles sont distinguées ci-dessous.

I. [A] Le titre : un pluriel décisif

Ploutoi (Πλοῦτοι) signifie « Richesses » ou, dans le contexte dramatique, « puissances de la richesse ». Le pluriel doit être conservé : la comédie de Cratinos ne porte pas le même titre que Ploutos (Πλοῦτος), le dieu singulier qui donne son nom à la pièce d'Aristophane. Traduire les deux titres par « Plutus » effacerait une distinction dramaturgique essentielle.

L'œuvre de Cratinos est perdue en tant que pièce continue. Les fragments proviennent de citations anciennes et de témoins papyrologiques. La connaissance de son chœur repose en partie sur des restes de papyrus, dont les restitutions doivent être reconnues comme telles. L'édition fondamentale demeure R. Kassel et C. Austin, Poetae Comici Graeci, vol. IV (Aristophon–Crobylus), Berlin–New York, 1983, sous Cratinos ; l'édition ancienne de T. Kock, Comicorum Atticorum Fragmenta, vol. I, Leipzig, 1880, conserve une autre numérotation.

Conséquence méthodologique : le titre renseigne sur une catégorie de personnages ou de puissances, mais ne fournit pas à lui seul le programme politique, la structure des actes, ni la liste complète des personnages.

II. [A] Un chœur de puissances associées aux Titans

Un fragment papyrologique discuté par Claire Préaux, Roger Goossens et leurs prédécesseurs rapproche les membres du chœur des Titans et des Ploutoi. Le passage comporte des lacunes et des compléments éditoriaux : le nom de Cronos, lorsqu'il est restitué dans la phrase, ne doit pas être présenté comme s'il était partout matériellement lisible sur le support.

L'interprétation d'un chœur de puissances de l'ancien monde, liées au règne de Cronos, est néanmoins appuyée par la convergence des témoignages. Il s'agit d'une situation dramaturgique rare : les êtres qui incarnent une époque révolue viennent regarder la cité contemporaine. La comédie peut alors produire du décalage sans qu'il faille supposer une intrigue complète d'« inspection des fortunes ».

Dossier : C. Préaux et R. Goossens, « Le papyrus Cumont. (Fragments des ΠΛΟΥΤΟΙ de Kratinos). Transcription nouvelle », Revue des Études Anciennes 37/4 (1935), p. 401–404, texte et fac-similés ; R. Goossens, « Les “Ploutoi” de Kratinos », même volume, p. 405–434, étude.

III. [A] Le règne de Cronos et l'abondance : le témoignage d'Athénée

Athénée, Deipnosophistes VI, 267e et suivants, transmet des matériaux comiques utilisés dans sa discussion des anciens âges et de l'abondance. Dans la numérotation Kock, le fragment 165 des Ploutoi évoque un temps où Cronos régnait et où des aliments pouvaient tenir lieu d'objets de jeu. Il faut vérifier la correspondance avec PCG avant d'assigner une numérotation moderne.

L'image n'est pas un simple catalogue de mets. Le pain, normalement fruit du travail agricole et condition de subsistance, devient une matière si disponible qu'on peut en faire un usage gratuit. Le comique naît d'une disproportion : ce qui manque au pauvre est gaspillé comme jouet dans le monde imaginaire.

Cette lecture demeure une analyse du fragment, et non la preuve que toute la comédie se déroulait sous Cronos. Un personnage pouvait décrire le passé sans que la scène le représentât matériellement.

IV. [A/B] Un repas d'hospitalité et la question des institutions

Un autre passage, anciennement numéroté Kock fr. 164 et cité par Athénée, évoque l'accueil des étrangers et des préparatifs de nourriture. Les détails exacts, le lieu représenté et l'identité des interlocuteurs doivent être étudiés dans l'édition critique : on ne peut pas en déduire que la pièce célébrait un régime déterminé.

[B] Le fragment ouvre cependant une question : la richesse est-elle une propriété que l'on conserve, ou une capacité à recevoir et nourrir les autres ? La scène comique peut opposer possession privée, prestige de la générosité et répartition collective. La richesse donnée produit de la reconnaissance ; la richesse accaparée produit une distance sociale. La satire peut viser les deux : l'avarice aussi bien que l'ostentation.

Le contraste entre un banquet partagé et les calculs de l'économie urbaine ne doit pas être interprété comme l'exposé d'un programme économique antique cohérent.

V. [A] Le témoin papyrologique : ce qu'un papyrus change et ce qu'il ne change pas

Les fragments du papyrus Cumont et d'autres pièces papyrologiques ont profondément transformé la connaissance des Ploutoi au XXe siècle. Avant leur étude, le titre paraissait particulièrement difficile à expliquer. Les découvertes ont fourni des indices sur la parole chorale et sur la représentation des puissances anciennes.

Mais une ligne mutilée n'est pas une phrase complète : lacunes, lectures alternatives, abréviations et conjectures sont constitutives du dossier. La publication de 1935 par Préaux et Goossens est précieuse parce qu'elle montre les limites d'une transcription et les problèmes de restauration. Elle n'est pas, à elle seule, une édition critique définitive : les lectures doivent être confrontées à PCG.

[B] Règle de reconstruction : ne jamais combler un manque par une formule qui « sonne grec », ne pas fabriquer des mètres comiques, ne pas distribuer arbitrairement une réplique au chœur ou à un personnage nommé. Toute scène plausible reste un texte moderne.

VI. [A/B] Le rapport à Hésiode : l'âge d'or n'est pas une constitution

Hésiode, Les Travaux et les Jours 109–126, décrit les hommes de l'âge d'or sous Cronos. Après leur disparition, ils deviennent des puissances protectrices de l'humanité ; les vers 121–126 comportent une tradition textuelle et interprétative qu'il convient d'examiner en édition. Dans La Théogonie, la succession des générations divines fournit un autre cadre au règne de Cronos.

Le rapprochement entre les Ploutoi de Cratinos et les êtres d'un âge ancien est éclairant, mais il ne faut pas confondre Titans et hommes de la race d'or comme si les deux catégories étaient identiques dans toutes les traditions. Le poète comique peut les rapprocher, les déplacer, les amalgamer ou jouer sur leur statut.

[B] Le mythe hésiodique constitue un réservoir d'oppositions : peine et facilité, violence et harmonie, justice et démesure. Il ne fournit pas à lui seul un projet de réforme de la démocratie athénienne.

VII. [B] Un monde sans esclaves ? La prudence nécessaire

Athénée mobilise des textes comiques dans un contexte de réflexion sur les modes de vie anciens et les rapports de dépendance. Cela n'autorise pas à déclarer que les Ploutoi décrivaient de manière certaine une société intégralement affranchie de l'esclavage. Une telle affirmation exige un passage explicite, dont la portée doit être délimitée.

Les comédies d'abondance imaginent parfois des objets qui accomplissent les tâches à la place des humains. L'automatisation imaginaire du travail n'est pourtant pas synonyme d'abolition juridique de la servitude. L'une est un dispositif de fiction ; l'autre est une transformation sociale et institutionnelle dont rien ne garantit qu'elle soit proposée par Cratinos.

[B] La comparaison avec l'économie domestique athénienne peut être productive : si les tâches disparaissent, que devient la relation de domination qui organisait le travail ? La question est moderne ; elle ne doit pas être imprimée comme réponse de l'auteur antique.

VIII. [A/B] Une satire politique, mais quelle politique ?

Cratinos est connu pour ses interventions satiriques contre les figures dominantes de la vie athénienne. Ses comédies mêlent parfois récit mythique, attaques contemporaines et jeux de genre. Cela rend plausible une lecture politique des Ploutoi.

Cependant, les tentatives anciennes de faire de l'œuvre une apologie précise d'un régime aristocratique, d'un homme politique particulier ou d'un système de distribution des biens vont au-delà de ce que les fragments suffisent à démontrer. Roger Goossens a proposé en 1935 une reconstruction politiquement orientée, historiographiquement importante, mais qui demeure une interprétation.

Emmanuela Bakola a souligné, pour l'ensemble de Cratinos, le danger de réduire les comédies mythologiques à des allégories politiques à clé unique. Une même figure peut être mythique, poétique, carnavalesque et politique à la fois. Voir Bakola, Cratinus and the Art of Comedy (Oxford, 2010).

IX. [B] La richesse comme parole : le jugement de la cité

L'argent ne circule pas seulement entre les mains : il circule aussi dans les discours. Le riche peut être appelé bienfaiteur, tyran, mécène, profiteur ou sauveur selon les intérêts et les occasions. Dans un théâtre où le chœur commente les conduites humaines, le jugement sur la fortune est une matière dramatique aussi importante que la fortune elle-même.

On peut imaginer que des puissances anciennes observent les noms nouveaux donnés à la richesse. Cette hypothèse n'est pas la restitution d'une scène ; elle sert à poser le problème central de la pièce : qui possède l'autorité pour dire qu'une fortune est légitime ?

L'historien doit distinguer la possession matérielle, la reconnaissance publique et la justification morale. Le philologue doit encore demander quel mot grec, dans quel fragment, permettrait réellement d'affirmer que Cratinos faisait ce rapprochement.

X. [B] Les Ploutoi de Cratinos et le Ploutos d'Aristophane

La comparaison avec Aristophane est particulièrement féconde parce que MYTHOS possède déjà des études sur Ploutos et sa première version perdue. La pièce conservée d'Aristophane (388 av. J.-C.) met en scène un dieu singulier, aveugle, dont la guérison modifie la distribution des richesses. La pauvreté personnifiée y défend paradoxalement la nécessité du travail.

Chez Cratinos, les puissances plurielles associées à un âge ancien orientent plutôt la lecture vers le mythe de l'abondance et le regard porté sur le présent. Cette différence est documentaire et formelle ; il serait téméraire de reconstruire une influence directe, un emprunt précis ou une filiation scénique entre les deux œuvres.

La première version du Ploutos d'Aristophane, représentée en 408 av. J.-C., est elle-même perdue comme texte continu. Une comparaison triangulaire — Cratinos, Aristophane 408, Aristophane 388 — ne peut donc placer les trois pièces sur un pied d'égalité documentaire.

Parcours MYTHOS : Ploutos I, étude philosophique historique ; Aristophane, Ploutos I, reconstitution historique.

XI. [B] Hegel : la reconnaissance n'est pas la richesse

Dans une lecture inspirée de la Phénoménologie de l'esprit et des Principes de la philosophie du droit, la possession n'épuise pas les relations de reconnaissance. Une communauté n'est pas juste parce qu'elle dispose d'abondantes ressources ; encore faut-il déterminer comment ses membres sont reconnus comme personnes, comment le droit règle les échanges et comment les besoins sont médiatisés.

La scène comique du retour des puissances anciennes peut être utilisée comme expérience critique : un âge sans manque rend-il inutile toute institution ? La question révèle une difficulté. Sans conflit matériel, les hommes peuvent encore chercher prestige, domination et approbation. L'or ne guérit pas automatiquement la dépendance symbolique.

C'est une interprétation contemporaine et non une anticipation de Hegel chez Cratinos.

XII. [B] Nietzsche : l'âge d'or et le ressentiment du présent

Une généalogie des valeurs interroge les intérêts qui conduisent à appeler une époque « heureuse » ou « décadente ». La nostalgie de Cronos peut dénoncer des souffrances réelles ; elle peut également dissimuler le désir de retrouver une ancienne hiérarchie. Nietzsche invite à ne pas confondre l'idéalisation d'un passé et la démonstration de sa supériorité.

La comédie ajoute un élément spécifique : elle peut ridiculiser simultanément le présent corrompu et la nostalgie de celui qui le critique. L'opposition binaire « âge d'or bon / présent mauvais » est peut-être trop simple pour un théâtre qui multiplie les renversements.

Le dossier ne prétend pas que Cratinos ait explicitement formulé une philosophie du ressentiment.

XIII. [B] Vernant et Détienne : historiciser l'âge de Cronos

Jean-Pierre Vernant invite à replacer les récits des âges dans leurs configurations grecques du temps, de la justice et du travail ; Marcel Détienne conduit à étudier les usages situés des récits plutôt qu'un mythe uniforme, toujours identique à lui-même.

Cette méthode interdit trois raccourcis : prendre Hésiode pour une description historique ; traiter la comédie comme une simple illustration d'Hésiode ; considérer la satire comme un document transparent sur l'opinion publique athénienne. Entre poème didactique, récit théogonique et scène comique, les mêmes noms changent de fonction.

La comparaison permet aussi de distinguer le temps du mythe, le temps de la représentation et celui des compilateurs tardifs qui ont transmis les fragments.

XIV. [B] Dumézil : un comparatisme à manier avec retenue

Georges Dumézil a élaboré des modèles structuraux pour certaines traditions indo-européennes. Il serait tentant de répartir les puissances des Ploutoi entre souveraineté, force et fécondité. Rien, dans le dossier conservé de cette pièce, ne permet d'attester un tel chœur trifonctionnel.

Une comparaison sérieuse devrait partir d'éléments indépendamment établis dans chaque corpus, montrer des correspondances structurales récurrentes et distinguer héritage commun, analogie fonctionnelle et réemploi tardif. En l'absence de ces conditions, Dumézil constitue ici une référence méthodologique de prudence, non une clé d'interprétation positive.

XV. [B] La dramaturgie du retour : trois reconstructions concurrentes

Modèle A — L'inspection. Des êtres anciens entrent dans Athènes et demandent d'où vient la richesse des citoyens. Ce modèle donne une fonction dramatique claire au chœur, mais la scène d'interrogatoire demeure une conjecture.

Modèle B — Le contraste. Le chœur chante le règne de Cronos tandis que des personnages du présent révèlent, par leur conduite, l'impossibilité de retrouver l'abondance ancienne. Ce modèle explique la coexistence du mythe et de la satire, sans être confirmé par une hypothèse antique complète.

Modèle C — L'inversion. Des humains cherchent à convaincre les puissances anciennes que la cité contemporaine a inventé un âge supérieur, grâce à la monnaie et au commerce. La comédie pourrait alors faire rire de l'autocélébration athénienne. Là encore, il s'agit d'une construction intellectuelle moderne.

Ces modèles sont incompatibles dans leurs prémisses. Ils sont proposés pour clarifier des possibilités, non pour produire une fausse édition reconstituée.

XVI. [C] Scène originale I — Les inspecteurs de l'âge d'or

Création dramatique contemporaine MYTHOS. Aucun vers de Cratinos n'est reproduit ni prétendument restitué.

LE PREMIER PLOUTOS — Nous cherchons le citoyen le plus riche.

LE GREFFIER — Il faut d'abord savoir comment vous comptez.

LE DEUXIÈME PLOUTOS — Nous comptons les greniers pleins.

LE GREFFIER — Ici, nous comptons les pièces.

LE PREMIER PLOUTOS — Une pièce se mange-t-elle ?

LE GREFFIER — Non, mais elle achète du pain.

LE DEUXIÈME PLOUTOS — Et si personne ne vend son pain ?

LE GREFFIER — Alors la pièce attend.

LE PREMIER PLOUTOS — Vous appelez donc richesse une chose qui peut attendre pendant que son propriétaire a faim ?

LE GREFFIER — Elle attend mieux que les hommes : elle ne se plaint jamais.

LE CHŒUR IMAGINAIRE — On a donné un nom brillant à la promesse de manger demain ; aujourd'hui, le ventre demeure obscur.

LE GREFFIER — Je vous demande de respecter les usages de la cité.

LE DEUXIÈME PLOUTOS — Nous respecterons les usages lorsqu'ils sauront nourrir ceux qui les respectent.

Note de dramaturgie : l'opposition entre valeur d'échange et subsistance est une invention conceptuelle moderne. Aucun témoin antique ne permet d'attribuer cet échange à Cratinos.

XVII. [C] Scène originale II — Cronos devant le tribunal des fortunes

Création dramatique contemporaine MYTHOS ; les personnages et l'action ne sont pas attestés.

LE JUGE — On vous accuse d'avoir gouverné un monde où personne ne travaillait.

CRONOS — On me reproche donc le repos ?

LE JUGE — Sans travail, comment distinguer les méritants des paresseux ?

CRONOS — Et chez vous, tous ceux qui travaillent sont-ils riches ?

LE JUGE — Non.

CRONOS — Tous ceux qui sont riches ont-ils travaillé ?

LE JUGE — Ce n'est pas l'objet du procès.

CRONOS — Voilà une justice singulière : elle accuse les hommes de ne pas produire et refuse d'examiner ceux qui possèdent.

LE JUGE — Le tribunal suit des règles.

CRONOS — Je vois. Chez vous, les règles ont une chaise et la faim reste debout.

LE CHŒUR IMAGINAIRE — Le juge tient le compte des jours ; nul ne lui a demandé de compter les nuits.

LE JUGE — Le procès est suspendu.

CRONOS — Votre âge d'or commence donc par une pause.

Note de méthode : cette scène n'est pas un résumé de la pièce perdue ; elle met à l'épreuve, dans une écriture contemporaine, les contradictions de l'idéologie du mérite.

XVIII. [A/B] La datation : distinguer chronologie possible et année attestée

Cratinos a été actif au milieu du Ve siècle avant notre ère. La datation des Ploutoi a suscité des hypothèses historiques fondées sur les allusions supposées, les motifs politiques et les reconstructions des fragments. Mais une année précise de représentation ne peut être affirmée ici sur la base d'une didascalie complète conservée.

L'interprétation de la pièce comme critique d'une phase donnée de la carrière de Périclès ou comme célébration de Cimon doit donc rester conditionnelle. Le danger est circulaire : dater la comédie par une allusion reconstruite, puis invoquer cette date pour prouver l'allusion.

Une bonne chronologie distingue la date du poète, la date hypothétique de la pièce, la date des témoins manuscrits et celle des éditions modernes.

XIX. [A/B] Réception et histoire des éditions : Kock, papyrus, PCG

La transmission moderne des Ploutoi connaît plusieurs moments. Kock a regroupé les fragments connus au XIXe siècle. Les publications papyrologiques des années 1930 ont rendu disponibles des lignes nouvelles et ont suscité une révision des hypothèses sur le chœur. L'édition de Kassel–Austin a ensuite fourni le cadre critique contemporain des fragments.

Cette succession explique pourquoi les études anciennes citent des numéros Kock 161, 164, 165, tandis que les publications récentes utilisent PCG. Reprendre un numéro sans indiquer son système peut conduire à une référence erronée. Le présent volume évite les équivalences non vérifiées et localise les témoignages d'Athénée par livre et référence de Casaubon.

L'index Digital Athenaeus permet notamment de retrouver les mentions de Ploutoi chez Athénée, livre III 94e, IV 138e, VI 267e et VII 303d. Ces passages n'ont pas tous la même fonction ni la même longueur.

XX. [B] Conclusion : la richesse n'est pas une réponse, c'est une question

Les Ploutoi sont remarquables parce qu'ils placent la richesse au croisement du mythe, de l'alimentation, de l'ancien temps et de la cité. Un chœur issu d'un ordre antérieur peut faire apparaître comme étranges les conventions ordinaires des Athéniens : posséder, acheter, nourrir, recevoir, se glorifier d'être riche.

La perte du texte interdit de transformer cette intuition en système philosophique achevé. Il reste néanmoins possible d'écrire une histoire intellectuelle de la comédie à partir des conditions de preuve : un fragment fait surgir une question ; un parallèle en précise la portée ; une hypothèse en explore les limites ; une scène originale en donne une expérimentation dramatique explicitement moderne.

Le meilleur hommage à une œuvre perdue n'est pas d'inventer sa totalité, mais de conserver l'écart visible entre la trace antique et le désir contemporain de la comprendre.

XXI. Appareil critique, sources et bibliographie vérifiables

A. Sources anciennes

B. Papyrologie et éditions modernes

C. Cadres interprétatifs modernes, sans attribution anachronique

D. Tableau de certitude

Proposition Statut Justification / limite
Cratinos a composé une pièce intitulée Ploutoi [A] Titre et fragments transmis
Les papyrus ont renouvelé l'identification du chœur [A] Publications papyrologiques et restitutions à examiner
Les puissances chorales sont associées aux Titans et à l'ancien monde [A/B] Témoignages mutilés, lectures et compléments éditoriaux
Un fragment décrit l'abondance sous Cronos [A] Athénée VI 267e ; ancienne numérotation Kock 165
La pièce défendait un régime aristocratique précis [B] Hypothèse historiographique, non fait démontré
Elle proposait l'abolition de l'esclavage Non établi Le contexte d'Athénée ne suffit pas
Cratinos a écrit les scènes du Greffier et du Juge Faux : [C] Inventions littéraires contemporaines MYTHOS

Suite de la série : Volume VIII — Cratinos, Odysseis · Navigation de la série : Volume VI — Cratinos, Némésis · Volume V — Eupolis, Poleis · Portail Théâtre grec · Bibliothèque historique des comédies perdues.

Fin du volume VII. Les volumes I à VI, les dossiers historiques et les autres séries MYTHOS restent intacts.