MYTHOS — Dossier universitaire, 29 octobre 2026. Collections : Phrygie et Anatolie, Grèce, Rome, religions comparées et archéologie des sanctuaires. La déesse connue sous les noms de Matar, Kybélè, Mère des dieux, Mater Magna ou Magna Mater permet de comprendre comment une tradition religieuse traverse plusieurs langues et structures politiques sans conserver partout des pratiques identiques. De la protection des portes et des limites territoriales en Phrygie à l’Agora d’Athènes et au temple public du Palatin, les lieux de culte donnent un meilleur accès à son histoire que l’image romantique d’une éternelle « Grande Mère » de la fertilité.
Problématique : comment Matar est-elle devenue la Mère des dieux du monde grec, puis une protectrice de Rome en 204 av. n. è., et pourquoi les témoignages impériaux ont-ils si profondément influencé notre représentation de ses rites ? Cette étude confronte épigraphie, architecture, iconographie, Tite-Live, Ovide, Lucrèce, inscriptions des prêtres et historiographie contemporaine. Elle distingue systématiquement ce que les sources attestent de ce que les chercheurs proposent.
I. Noms et chronologies : Matar, Kybélè, Magna Mater
| Nom | Milieu principal | Ce qu’il faut éviter |
|---|---|---|
| Matar (« Mère ») | Inscriptions et images phrygiennes | Y voir sans preuve une « Terre mère » identique à toute figure néolithique |
| Matar Kubileya | Certaines inscriptions phrygiennes | Ramener chaque épithète à une étymologie univoque |
| Mêtêr theôn / Kybélè | Traditions religieuses grecques | Confondre les assimilations avec une identité cultuelle totale |
| Rhéa / Mère des dieux | Mythologie et cultes grecs | Projeter une fusion uniforme sur tous les lieux |
| Mater deum magna Idaea / Magna Mater | Rome et provinces de l’Empire | Supposer une liturgie impériale inchangée depuis l’âge du Fer |
La linguistique et l’archéologie ne prouvent pas une chaîne ininterrompue de prêtresses et de temples reliant le Néolithique à l’époque impériale. Les associations modernes avec une « déesse universelle » doivent donc être évaluées comme constructions historiographiques. Les noms anciens, eux, sont documentés : Digital Gordion recense l’emploi de Matar et de l’épithète Kubileya ; Pessinous Excavations Project suit leur réception grecque et romaine.
II. Gordion et la religion des frontières : relire la Phrygie
En Phrygie, Matar apparaît dès le premier millénaire avant notre ère dans un environnement monumental distinct du temple civique gréco-romain. À Gordion et dans d’autres centres phrygiens, les figures et façades la relient à la protection des portes, des murs, des routes et des limites des communautés. Les images peuvent la montrer avec un oiseau de proie, un récipient, des animaux ou des accompagnateurs musiciens. Ces témoins indiquent une puissance territoriale ; ils ne constituent pas le manuel d’un rite uniforme.
Lynn E. Roller a montré combien l’histoire de la Mère des dieux a été déformée par les interprétations développées à Rome plusieurs siècles plus tard. Dans le monde phrygien, les indices d’une divinité protectrice des seuils et des établissements sont particulièrement importants ; les pratiques décrites par les auteurs romains pour les Galli ne peuvent pas être automatiquement déplacées dans les cités phrygiennes des VIIIe–VIIe siècles. Roller, « The Great Mother at Gordion » et Penn Museum, « Phrygian Cult Practice ».
III. Le monument de Midas à Yazılıkaya : la date est discutée

Le monument dit de Midas est une immense façade taillée dans le rocher, située à l’ouest de Gordion, près de l’actuel village de Yazılıkaya. Son décor, sa niche et ses inscriptions invitent à réfléchir à l’articulation entre pouvoir, monumentalisation et cultes de la Mère. Il ne s’agit pas d’une sépulture démontrée de Midas, malgré son appellation ancienne de « tombeau » ; sa fonction est à comprendre au sein du paysage religieux phrygien.
La chronologie demeure controversée. Geoffrey D. Summers situe la construction durant la première moitié du VIe siècle, en relation avec les formes architecturales et le contexte lydien ; C. Brian Rose et Gareth Darbyshire défendent, en 2025, une datation vers la fin du VIIIe siècle, à l’époque de la puissance de Midas. C’est un exemple décisif de débat scientifique qui change la compréhension de l’histoire politique et religieuse d’un site. Sources : Summers, American Journal of Archaeology 127 (2023) ; Rose et Darbyshire, AJA 129 (2025).
IV. Attributs et iconographie : lions, couronne, tambourin
Les représentations phrygiennes et gréco-romaines ne sont pas identiques. Le lion, en particulier, devient l’un des compagnons les plus reconnaissables de la déesse ; les reliefs grecs montrent souvent une figure assise sur un trône, une coupe, un tambourin ou une couronne élevée. Il ne suffit cependant pas de trouver un lion sur un objet pour le déclarer automatiquement consacré à Cybèle. La datation, la provenance et les autres motifs doivent être vérifiés.
Les instruments de musique fréquemment associés à la déesse dans la littérature et l’iconographie évoquent la force sonore de certaines processions. On ne doit pas en déduire que toutes les célébrations furent caractérisées par une transe ou une mutilation. Les objets livrent un répertoire d’images, pas la totalité d’une liturgie. L’iconographie phrygienne de Gordion et les statuettes athéniennes permettent de suivre de réelles transformations stylistiques.
V. Grèce archaïque et classique : des traductions religieuses
Les Grecs identifient ou rapprochent à plusieurs reprises la Mère des dieux et Rhéa, mère de Zeus dans la généalogie olympienne. On peut y voir une opération de traduction religieuse : les figures étrangères deviennent intelligibles à travers des rôles ou des récits connus. Mais une telle assimilation dans un texte ne signifie pas qu’une fête de Rhéa dans une cité grecque reproduisait les cultes d’Anatolie.
L’Hymne homérique XIV à la Mère des dieux associe la déesse aux montagnes et aux sons des instruments. Hérodote (IV, 76) raconte les pratiques qu’Anacharsis aurait empruntées aux cultes de la Mère à Cyzique ; son récit sert également une réflexion sur les coutumes des peuples. Le statut littéraire et argumentatif des textes doit être pris en compte, plutôt que d’en faire des procès-verbaux anthropologiques. Center for Hellenic Studies, Hymnes homériques.
VI. Le Métrôon : la Mère des dieux au cœur des archives athéniennes

À Athènes, le Métrôon de l’Agora associait un culte de la Mère des dieux à la conservation des documents publics. Le bâtiment hellénistique connu par ses vestiges se situe à l’emplacement de l’ancien Bouleutérion ; dans sa forme du IIe siècle avant notre ère, il comprenait plusieurs salles réunies par une façade à colonnade ionique. La relation entre déesse et archives permet une lecture politique : la divinité protégeait aussi la mémoire normative de la cité.
Les archives du Métrôon contenaient lois, décrets, documents judiciaires, comptes et textes de théâtre, conservés sur des supports souvent périssables. Leur contenu, presque entièrement perdu, ne doit pas être reconstruit comme s’il avait été sauvegardé matériellement. La Mère des dieux n’était donc pas seulement une déesse tenue à distance des institutions grecques : son sanctuaire pouvait être intégré à l’administration civique. Fiche archéologique « Metroon », Agora d’Athènes.

VII. Pessinonte, l’Ida et les origines romaines reconstruites
Pessinonte, centre cultuel important de Phrygie, est fréquemment cité dans les récits romains de l’adoption de la Mère des dieux. Les Romains la nomment pourtant aussi Magna Idaea et l’associent au mont Ida de Troade, proche des récits sur leurs origines troyennes. La géographie et la mémoire culturelle se recomposent dans ce transfert. Le fait qu’une communauté invoque une divinité « ancestrale » ne prouve pas que son rituel soit identique à celui des ancêtres invoqués.
Le projet archéologique de l’université de Gand rappelle que Pessinonte atteste un grand centre du culte de la déesse au plus tard au IIIe siècle avant notre ère. Cela ne résout pas automatiquement la nature du symbole transféré à Rome ni l’histoire des institutions antérieures. Pessinous Excavations Project — Kybele.
VIII. 204 avant notre ère : l’introduction à Rome, un événement historique
Pendant la deuxième guerre punique, Rome recherche des garanties divines de sécurité. En 204 avant notre ère, la représentation sacrée de la Mère des dieux est officiellement introduite dans la cité et placée dans un sanctuaire existant du Palatin, celui de la Victoire. Le temple propre à Magna Mater est dédié en 191. Tite-Live (XXIX, 10–14 ; XXXVI, 36) et les traditions du calendrier permettent de replacer l’événement parmi les décisions sénatoriales, les échanges diplomatiques et les pratiques publiques de reconnaissance des dieux.
Le récit de l’arrivée s’accompagne de détails merveilleux construits dans la mémoire romaine. Le fait historique du transfert ne valide pas tous les épisodes miraculeux rapportés. Lara Dubosson-Sbriglione (2016) insiste sur cette distinction, en particulier pour l’épisode de Claudia Quinta. « Le culte de la Mère des dieux dans l’Empire romain » ; Digital Augustan Rome, temple du Palatin.
IX. Claudia Quinta : récit de miracle et réputation aristocratique
Selon le récit devenu célèbre, le navire apportant le symbole de la Mère des dieux se serait immobilisé dans le Tibre ; Claudia Quinta, suspectée dans sa moralité, l’aurait fait avancer seule après une prière. La scène fait simultanément triompher la déesse et démontrer la vertu de la matrone. Ovide (Fastes IV) développe cette matière dans un calendrier poétique écrit plusieurs siècles après les faits.
L’historien peut analyser l’épisode comme une légende religieuse de fondation et un récit politique de défense de l’honneur féminin. Il ne doit pas le raconter comme un compte rendu vérifiable des événements de 204 av. n. è. La coexistence de l’histoire du transfert et d’une mémoire merveilleuse montre comment les cultes construisent leur autorité narrative.
X. Le temple palatin et les Megalensia : la Mère des dieux comme déesse de l’État
Le temple construit à l’extrémité sud-ouest du Palatin est dédié en 191 avant notre ère. Des phases ultérieures incluent une destruction par le feu en 111 av. n. è., puis un autre incendie en 3 de notre ère, suivi d’une restauration augustéenne. Les sources topographiques distinguent le podium conservé, l’élévation reconstituée et l’édifice original. Université de Caen, Plan de Rome : temple de la Magna Mater.
Les ludi Megalenses ou Megalensia font entrer la déesse dans le calendrier festif public de Rome. Les fêtes comprennent des jeux et des représentations théâtrales ; leur organisation relève de la cité et des magistratures. Cela suffit à réfuter l’idée d’un culte exclusivement « secret » ou réservé à des groupes fermés. Les rites des Galli et les cérémonies privées ou spécialisées coexistent avec les expressions publiques de la dévotion.
XI. Lucrèce et le cortège sonore : une source qui interprète
Dans De rerum natura II, 598–660, Lucrèce décrit la Mère des dieux, son char, ses lions, ses gardiens et sa procession sonore. Le poète en propose une lecture liée à sa réflexion épicurienne sur la nature ; ce n’est pas une observation ethnographique sans médiation. Son témoignage est précieux pour comprendre les associations culturelles reconnues par un public romain de la fin de la République.
Tambourins, cymbales, flûtes, déplacements et émotions collectives se trouvent dans plusieurs descriptions du culte. Les sources littéraires peuvent cependant sélectionner ce qui leur paraît insolite. Le contraste entre religion « officielle » et pratiques « étrangères » est en partie une construction de ces auteurs, car Magna Mater occupe simultanément un sanctuaire public au cœur de Rome.
XII. Attis : plusieurs mythes, pas une biographie divine fixe
Attis est une figure liée à la Mère des dieux, présentée selon les sources comme un jeune berger, un compagnon ou un personnage de désir et de violence. Pausanias (VII, 17) rapporte diverses traditions, tandis que Catulle 63 représente sa relation au corps et à la perte dans un poème latin d’une puissance dramatique particulière. Ces témoignages, datés et situés, ne doivent pas être projetés comme un mythe phrygien original et unique.
L’association du culte de Magna Mater à Attis se transforme particulièrement au fil des périodes hellénistique et romaine. La figure ne peut pas être lue comme l’équivalent automatique d’Osiris, de Dionysos ou d’un « dieu mourant et ressuscitant » universel : chaque corpus présente une chronologie, une fonction cultuelle et un ensemble de récits différents. Une comparaison valable signale la ressemblance et la divergence.
XIII. Les Galli et les archigalli : la question du statut et du genre
Les textes romains décrivent certains Galli, spécialistes du culte, en insistant sur leurs rites corporels, leurs vêtements et les transformations de leur statut social. Mais les communautés comptaient aussi des dédicants, prêtres, prêtresses et responsables qui n’exerçaient pas tous les mêmes fonctions. Réduire tous les participants à une catégorie de prêtres castrés est inexact.
Une étude publiée en juillet 2025 par Christopher Cavanagh a réexaminé la distinction traditionnellement établie entre Galli et archigalli ainsi que leur citoyenneté. Contre des théories faisant de l’archigalle le citoyen romain par opposition à un Galle étranger, l’auteur argumente que leur comportement et leurs affiliations étaient moins distincts qu’on ne l’affirmait et que des citoyens romains ont probablement figuré parmi les Galli. Il s’agit d’une proposition de recherche argumentée, non d’un consensus fixé pour toute la période. C. Cavanagh, The Classical Quarterly 75/1 (2025), p. 361–377.
Le langage des sources sur le genre, le corps et l’appartenance à la cité doit être étudié dans ses catégories antiques, sans nier les situations sociales attestées ni appliquer rétrospectivement les classifications du XXIe siècle. Les invectives romaines et chrétiennes peuvent caricaturer les rites ; les inscriptions de carrière, les dédicaces et les dispositions juridiques constituent des points de contrôle.
XIV. La fête de mars : roseaux, pin, deuil et variations du calendrier
À l’époque impériale, des calendriers et des textes distinguent plusieurs moments du cycle cultuel, notamment la canna intrat, l’arbor intrat et d’autres cérémonies liées à la Mère des dieux et à Attis. La présence de roseaux, d’un pin et d’éléments de deuil ou de réjouissance a suscité de nombreuses reconstructions. Il serait anachronique d’attribuer tout ce programme à l’arrivée officielle du culte en 204 avant notre ère.
Lara Dubosson-Sbriglione a proposé une relecture de la canna intrat, notamment par sa relation à la flûte et au roseau associé à Attis, plutôt qu’en y voyant mécaniquement une commémoration de sa naissance près d’un fleuve. Cet exemple illustre que les noms des fêtes et leurs objets ne suffisent pas à reconstituer le déroulement d’une liturgie complète. Dubosson-Sbriglione, Asdiwal 11 (2016).
XV. Le taurobole : inscriptions plutôt que mythes de « bain de sang »
Le taurobolium, cérémonie impliquant un taureau, prend une importance particulière dans le culte impérial de la Mère des dieux. Les inscriptions permettent de dater des tauroboles, d’identifier dédicants et bénéficiaires, et de relever leur rapport à la loyauté envers l’empereur et aux institutions religieuses. Sous Antonin le Pieux, les documents indiquent une diffusion et une formalisation accrues. Wolfgang Spickermann, « Mater Deum Idaeae and the Imperial Cult in Latin Inscriptions ».
Le motif célèbre du fidèle recevant le sang d’un taureau au-dessus d’une fosse provient notamment de Prudence, auteur chrétien de l’Antiquité tardive. Ce témoignage littéraire ne peut pas être imposé à toutes les cérémonies plus anciennes, dans toutes les cités : la documentation épigraphique n’atteste pas partout le même dispositif. Il faut distinguer sacrifice bovin, dédicace, mise en scène polémique et interprétations tardives de la purification.
XVI. Les provinces romaines : des cultes locaux dans un espace impérial
Des dédicaces à Magna Mater et Attis se rencontrent en Italie, dans les provinces occidentales, les régions danubiennes, en Afrique et en Orient. Leurs commanditaires peuvent être des notables, des associations, des membres de communautés locales ou du personnel lié au pouvoir impérial. Les variations des inscriptions rendent trompeur le modèle d’une expansion parfaitement homogène depuis un sanctuaire-mère unique.
Wolfgang Spickermann a souligné l’intégration de Mater Deum au langage de fidélité impériale, notamment à partir des Flaviens et des Antonins, sans faire disparaître les autres fonctions de la déesse. Chaque dédicace doit être lue selon son lieu, sa date et ses titres. Le corpus romanisé ne doit pas effacer les pratiques hellénistiques et anatoliennes précédentes.
XVII. La fin des cultes : transformations, concurrence et abandon
L’Antiquité tardive voit la modification progressive des institutions, du financement des temples et des espaces de la religion traditionnelle. Le christianisme impérial, les normes juridiques, les transformations urbaines et le retrait de certaines élites bouleversent les conditions de fonctionnement des communautés de Magna Mater. Le déclin ne suit pas partout une séquence identique de destruction ou de conversion.
Il ne faut pas confondre la disparition d’un sanctuaire documenté avec l’effacement instantané des images et du langage religieux. Une divinité peut continuer d’exister dans la poésie, les récits polémiques, l’art et la mémoire des sites, longtemps après la fin de ses cérémonies régulières. La réception médiévale et moderne de Cybèle mérite ainsi d’être étudiée comme un nouveau corpus.
XVIII. Quatre comparaisons contrôlées : Rhéa, Déméter, Dionysos, Mithras
| Comparaison | Ressemblance réelle | Différence indispensable |
|---|---|---|
| Matar / Rhéa | Identifications grecques de déesses maternelles | Matar phrygienne et Rhéa hésiodique ne possèdent pas les mêmes attestations et institutions |
| Cybèle / Déméter | Rites de déesses, fêtes et présence dans les communautés grecques | Éleusis ne reproduit pas les Megalensia de Rome |
| Cybèle et Attis / Dionysos | Musique, émotion rituelle, images de groupes en mouvement | Textes, acteurs et finalités cérémonielles ne sont pas interchangeables |
| Magna Mater / Mithras | Circulation des cultes à travers l’Empire romain | Mithréums d’initiation et temple public palatin relèvent de dispositifs très différents |
La comparaison des cultes qui mobilisent la musique, le corps ou l’initiation peut produire des questions fécondes sur les expériences religieuses ; elle devient trompeuse lorsqu’elle efface les écarts chronologiques et institutionnels. En particulier, il est abusif d’opposer une prétendue « religion grecque rationnelle » à un « Orient extatique » : les Grecs eux-mêmes ont intégré la Mère des dieux au centre des affaires de l’Agora.
XIX. Bibliographie scientifique, sources et images
Sources primaires
- Hérodote, Histoires IV, 76 : Anacharsis et la Mère des dieux ; contexte des coutumes et de la narration ethnographique.
- Hymne homérique XIV, à la Mère des dieux : Center for Hellenic Studies.
- Tite-Live, Ab urbe condita XXIX, 10–14 et XXXVI, 36 : transfert de la déesse et temple romain.
- Ovide, Fastes IV : fêtes et figure de Claudia Quinta ; Lucrèce, De rerum natura II, 598–660 : description et réinterprétation philosophique du cortège.
- Catulle, poème 63, Attis ; Pausanias, Description de la Grèce VII, 17, 9–12 : variantes narratives.
- Prudence, Peristephanon X : source chrétienne tardive et polémique sur le taurobole, à confronter aux inscriptions.
Études et références modernes
- Lynn E. Roller, In Search of God the Mother: The Cult of Anatolian Cybele, University of California Press, 1999 : monographie de référence.
- Lynn E. Roller, « The Great Mother at Gordion: The Hellenization of an Anatolian Cult », Journal of Hellenic Studies 111 (1991), p. 128–143.
- Philippe Borgeaud, La Mère des dieux : de Cybèle à la Vierge Marie, Seuil, 1996 : étude critique de la réception et des catégories comparatistes.
- Lara Dubosson-Sbriglione, « Le culte de la Mère des dieux dans l’Empire romain », Asdiwal 11 (2016), p. 197–200 ; Le culte de la Mère des dieux dans l’Empire romain, Leiden/Boston, Brill, 2018.
- Geoffrey D. Summers, « Notes on Phrygian Architecture: A Sixth-Century BCE Date for the Midas Monument », AJA 127 (2023), p. 189–207.
- C. Brian Rose et Gareth Darbyshire, « The Citadel of Gordion and the Dating of the Midas Monument at Midas City », AJA 129 (2025), p. 257–261.
- Christopher Cavanagh, « A Reassessment of the Galli and the Archigalli of Magna Mater, Their Differences and Their Citizen Status in Rome », Classical Quarterly 75/1 (2025), p. 361–377.
- Wolfgang Spickermann, « Mater Deum Idaeae and the Imperial Cult in Latin Inscriptions », étude sur les dédicaces et la politique impériale.
- Penn Museum, « Phrygian Cult Practice », dossier sur les monuments et les sanctuaires ; Université de Gand, Pessinous Excavations Project.
- Agora d’Athènes, notice archéologique du Métrôon ; Université de Caen, temple de Magna Mater sur le Palatin.
Illustrations et licences
- Monument de Midas : photo Zeynel Cebeci (2015), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
- Cybèle en marbre, Athènes : George E. Koronaios (2018), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
- Métrôon de l’Agora : Jacob Freeland (2023), Wikimedia Commons, CC BY 4.0. Les trois photos sont utilisées sans retouche et avec attribution.
XX. Parcours de lecture et liens MYTHOS
- Déméter et Éleusis : les différences entre cultes de déesses et institutions initiatiques.
- Dionysos : images du cortège, musique et variations du discours antique.
- Rome antique — collection : temples publics, rites et politique religieuse.
- Perse et Iran ancien : méthode comparative des transmissions religieuses sans confusion des traditions.
- Guide de recherche MYTHOS : provenances, datations, attribution iconographique et bibliographie.
- Catalogue général — Bibliothèque d’Alexandrie numérique.
Conclusion générale. La trajectoire de la Mère des dieux ne décrit pas le chemin rectiligne d’une religion archaïque se « civilisant » par étapes. Elle montre des transformations réciproques : la Matar phrygienne protège des espaces ; les cités grecques développent leurs identifications et leurs images ; Rome la fait entrer dans son rituel public et mobilise son prestige pour défendre la communauté. Les cérémonies impériales, les récits sur Attis et les inscriptions de taurobole enrichissent ce dossier mais ne permettent pas de récrire l’histoire des sanctuaires de Gordion. L’étude de Cybèle est ainsi un modèle de méthode comparative : distinguer chronologie, document, fonction sociale et réception ultérieure, et exposer les désaccords savants au lieu de leur substituer une origine mythique unique.
