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Eupolis — Baptai (Les Baptiseurs) : Cotyto, rites, satire et témoignages

MYTHOS — Dossier universitaire critique. Eupolis, Baptai (Βάπται, « Ceux qui plongent », « Ceux qui teignent » ou « Les Baptiseurs »), comédie perdue de la fin du Ve siècle av. J.-C. Protocole documentaire : [A] témoignage ancien ; [B] reconstruction ou interprétation moderne ; [C] scène contemporaine inventée. Aucun dialogue inventé n’est attribué à Eupolis.

I. Le titre : un problème philologique, non une traduction transparente

[A] Le grec baptai dérive de la famille de baptō, « tremper », « plonger », « teindre ». [B] S. Douglas Olson explique que le titre peut évoquer des teinturiers ou des participants à des rites d’immersion et de purification. La seconde lecture convient aux témoignages tardifs sur des célébrants de Cotyto, mais il n’est pas démontré que le terme désignait un groupe cultuel réel plutôt qu’une invention comique. Traduire directement par « baptisés » au sens chrétien serait anachronique. Olson, commentaire philologique.

II. Cotyto et la représentation comique d’un culte

[A] Juvénal, Satire II, 91–92, associe les Baptai à Cotyto et à des rites nocturnes. Les scholies de Juvénal présentent des hommes dansant dans des vêtements féminins ; elles sont tardives et hostiles. Lucien, Contre un ignorant bibliomane 27, évoque la lecture de la pièce. [B] Ces témoignages ne constituent pas une description ethnographique fiable d’une cérémonie athénienne : les poètes comiques et leurs commentateurs construisent des caricatures, parfois à partir de stéréotypes sur les cultes dits étrangers. Textes des témoignages et commentaire d’Olson.

III. Une chronologie discutée

[A] La comédie appartient à la carrière d’Eupolis, actif pendant la guerre du Péloponnèse. [B] La date précise de représentation n’est pas assurée ; une datation autour de 415 av. J.-C. est proposée dans la recherche, mais ne doit pas être transformée en certitude. L’association à Alcibiade, connue par des traditions postérieures, ne suffit pas à dater mécaniquement l’œuvre.

IV. Alcibiade : satire politique et légende biographique

[A] Des témoignages tardifs prétendent qu’Alcibiade fit noyer Eupolis en représailles de la satire contenue dans les Baptai. [B] Le récit est généralement considéré comme une légende biographique, non comme un fait établi. L’érudition moderne souligne le caractère fabriqué de cette histoire : Giulia Torello-Hill, « Eupolis », Encyclopedia of Greek Comedy (2019). L’éventuelle caricature d’Alcibiade dans la pièce ne permet pas de reconstituer ses répliques.

V. Religion, satire et rapports de pouvoir

[B] Le rire de la Comédie ancienne peut transformer une pratique rituelle en spectacle de l’altérité. Le costume, la danse, la musique et la transgression des rôles de genre peuvent servir à dénoncer les adversaires politiques autant qu’à produire une représentation déformée des cultes. Il faut donc distinguer les rites réellement attestés hors du théâtre, leur appropriation comique et le commentaire moral des auteurs postérieurs. Le dossier comparatif de Bryn Mawr Classical Review (2007) recense les études sur Sabazios, Bendis et Cotyto dans les comédies fragmentaires.

VI. La scène comique ne prouve pas la pratique cultuelle

[B] La présence de Cotyto dans des témoignages littéraires ne suffit pas à démontrer l’existence à Athènes, à la date de la pièce, d’un sanctuaire officiel ou d’un rite uniforme. Les contextes thraces, corinthiens et siciliens ne doivent pas être fusionnés. L’Oxford Classical Dictionary, « Cotys, Cotyto », rappelle la circulation géographique de cette figure divine ; son culte et sa représentation théâtrale sont deux objets historiques distincts.

VII. Lectures philosophiques : identité, reconnaissance et norme

[B] Dans une lecture inspirée de Hegel, le costume rituel met à l’épreuve la reconnaissance sociale : le spectateur rit-il de l’individu, de sa transformation ou de la norme qu’il paraît franchir ? Nietzsche invite à étudier la généalogie des jugements de « honte », d’« impureté » ou d’« efféminement » employés par les sources hostiles. Vernant et Détienne permettent de replacer les gestes religieux dans des systèmes de représentation historiquement situés. Une application des trois fonctions de Dumézil serait ici injustifiée faute d’indices structuraux suffisants. Ces comparaisons ne sont pas des doctrines attribuées à Eupolis.

VIII. Fragment, témoignage et reconstitution : trois degrés de certitude

[A] Les fragments attribués aux Baptai sont édités dans R. Kassel et C. Austin, Poetae Comici Graeci, vol. V, et commentés par Olson, Fragmenta Comica 8.1. [B] On peut proposer une intrigue satirique articulée autour d’un groupe de célébrants, mais le déroulement exact, le nombre de personnages, les épisodes et la conclusion ne sont pas connus. Il est particulièrement dangereux de faire de la légende du meurtre d’Eupolis une scène de la comédie.

IX. Scène dramatique originale — Le tribunal des costumes

[C — Création littéraire MYTHOS, non antique.] LE CITOYEN : « Je reconnais les hommes à leurs vêtements. » LE CÉLÉBRANT : « Et si je change de manteau ? » LE CITOYEN : « Je ne te reconnaîtrai plus. » LE CÉLÉBRANT : « Tu connais donc mieux mon manteau que moi-même. » LE CITOYEN : « La cité a ses usages. » LE CÉLÉBRANT : « Les usages ont-ils des yeux ? » LE CITOYEN : « Ils ont les miens. » LE CÉLÉBRANT : « Voilà pourquoi ils ne voient jamais plus loin que toi. » Cette scène interroge les catégories de reconnaissance ; elle ne reconstitue aucun vers perdu.

X. Bibliographie critique et sources

Sources : Lucien, Adversus Indoctum 27 ; Juvénal, Satire II, 91–92, avec scholies ; Eupolis, Baptai, dans Kassel–Austin, Poetae Comici Graeci, V. Études : S. Douglas Olson, Eupolis: Testimonia and Aiges–Demoi, Fragmenta Comica 8.1, Heidelberg, 2017, édition numérique ; Ian C. Storey, Eupolis: Poet of Old Comedy, Oxford, 2003 ; étude recensée dans BMCR 2007.04.52 ; Giulia Torello-Hill, « Eupolis », Encyclopedia of Greek Comedy, 2019.

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