Aristophane — Comédies perdues, volume I
Nouvelles versions développées : Les Banqueteurs — neuf scènes et dossier sur l’éducation · Les Paysans — neuf scènes, guerre et paix. Ces créations modernes complètent les versions condensées du volume.
Version développée : Les Babyloniens — pièce enrichie en huit séquences, avec commentaire politique. Cette adaptation longue complète l’édition condensée du volume.
MYTHOS : les trois premières comédies connues. Recréations dramatiques condensées : éducation, empire et paix.
ÉDITION WEB RÉVISÉE ET CONDENSÉE. Les textes complets développés dans la conversation sont plus longs. Ces scènes sont des recréations littéraires originales : elles ne sont pas les paroles conservées d’Aristophane.
I. LES BANQUETEURS — Δαιταλεῖς (427 av. J.-C.)
DOSSIER PHILOLOGIQUE : Première comédie connue, opposition entre deux modes d’éducation ; chœur attaché au banquet d’Héraclès. Les noms, dialogues, débats et la conclusion sont reconstruits.
PERSONNAGES : Démophilos ; Sophros ; Phrastès ; Logomachos ; le Serviteur ; un Créancier ; le chœur des Banqueteurs.
PROLOGUE — DEUX FILS
DÉMOPHILOS. J’avais deux fils. Le premier ressemble à un olivier : lent à pousser, mais il porte des fruits. Le second ressemble à une outre pleine de discours.
LE SERVITEUR. Le second revient de l’école des sophistes.
PHRASTÈS. Salut à toi, auteur matériel de mon existence !
DÉMOPHILOS. Tu pourrais dire père, c’est moins long.
PHRASTÈS. Le terme est juridiquement ambigu.
DÉMOPHILOS. Celui qui paie tes chaussures n’a rien d’ambigu.
SOPHROS. Père, j’ai taillé les figuiers et réparé la clôture.
PHRASTÈS. Tu sais réparer une clôture, mais pas réfuter un sophisme.
SOPHROS. Et toi, tu sais réfuter une clôture, mais pas la réparer.
PARODOS — LES CONVIVES D’HÉRACLÈS
LE CHŒUR. Nous sommes les compagnons d’Héraclès, vainqueur du lion, grand ami des banquets. Que l’on apporte le pain, le vin, les olives ! Nous aimons les débats, surtout lorsqu’ils s’achèvent à table.
LE CORYPHÉE. Athènes possède deux sortes de sages : ceux qui savent faire quelque chose, et ceux qui savent expliquer pourquoi ils ne font rien.
DÉMOPHILOS. Le problème est que la deuxième espèce coûte beaucoup plus cher.
AGÔN — L’ART DE PERSUADER
LOGOMACHOS. Votre fils peut désormais démontrer une proposition et son contraire.
DÉMOPHILOS. Et la vérité ?
LOGOMACHOS. Laquelle ?
DÉMOPHILOS. Celle qui me rendra mon argent.
SOPHROS. J’ai appris Homère, la mesure, le travail et la valeur d’une promesse. La terre ne produit pas de blé parce qu’on lui adresse un beau discours.
PHRASTÈS. J’ai appris à gouverner par les mots. Tu plantes des oliviers ; je convaincs l’Assemblée de récompenser ceux qui les ont plantés.
SOPHROS. Tu confonds l’utilité de la parole avec le droit d’employer la tromperie.
PHRASTÈS. Mais la persuasion sert aussi aux médecins et aux généraux !
SOPHROS. Oui, lorsque leur but est de guérir ou de défendre, pas de tromper ceux qui leur font confiance.
LE CHŒUR. Le vieil éducateur raisonne, le jeune sophiste raisonne, et le père paie : lequel des trois est le plus malheureux ?
EXODOS — LA DETTE ET LE BANQUET
LE CRÉANCIER. Ton fils me doit deux mines.
PHRASTÈS. Un prêt suppose que vous ayez librement donné l’argent.
LE CRÉANCIER. Pour qu’il soit rendu !
SOPHROS. Tu peux gagner un procès et perdre la confiance d’un ami.
PHRASTÈS. Je rembourserai. Mais je garderai la rhétorique.
DÉMOPHILOS. Garde-la si tu veux. J’espère seulement qu’elle t’aidera enfin à travailler.
LOGOMACHOS. Avant le banquet, définissons banquet.
LE CORYPHÉE. Une réunion où l’on cesse de définir les choses pour les manger.
LE CHŒUR. L’homme sans pensée est un bœuf chaussé ; l’homme sans travail est une outre de vent. Que l’on serve à dîner, et que le rire fasse la paix !
II. LES BABYLONIENS — Βαβυλώνιοι (426 av. J.-C.)
DOSSIER PHILOLOGIQUE : Comédie politique représentée aux Grandes Dionysies. La critique du pouvoir athénien et la controverse liée à Cléon sont attestées, mais l’intrigue complète ne l’est pas. Le moulin de tribut et ses dialogues sont une reconstruction.
PERSONNAGES : Dionysos ; un Meunier ; un Inspecteur ; un Crieur du cuir ; un Ambassadeur ; le chœur des Babyloniens.
PROLOGUE — LE MOULIN DES ALLIÉS
DIONYSOS. Je viens voir des tragédies, et je trouve un moulin où tournent des hommes enchaînés. Qui sont-ils ?
LE MEUNIER. Des alliés d’Athènes.
DIONYSOS. Pourquoi les attacher ?
LE MEUNIER. Pour préserver l’alliance.
DIONYSOS. Pourquoi les frapper ?
LE MEUNIER. Pour renforcer leur fidélité.
DIONYSOS. Et pourquoi produisent-ils notre richesse ?
LE MEUNIER. Parce que leur liberté nous est précieuse.
DIONYSOS. Voilà une liberté qui ferait même rougir un tyran.
PARODOS — LES CONTRIBUTEURS
LE CHŒUR. Nous avions nos conseils et nos ports. Nos navires ont protégé les routes ; puis il fallut payer des tributs et envoyer des hommes. Chaque année, la cité protectrice exige davantage.
LE CORYPHÉE. Athènes se nomme maîtresse de la mer. Mais la mer appartient-elle à ses habitants ou à ceux qui disposent des flottes ?
DIONYSOS. Vous êtes trop sérieux. Pour une fois, je vais changer la musique du moulin.
AGÔN — QUI PROTÈGE LA LIBERTÉ ?
LE CRIEUR. Sans tribut, pas de flotte ; sans flotte, pas de puissance ; sans puissance, les cités seront livrées aux ennemis !
L’AMBASSADEUR. Et qui nous protège de vos exigences ?
L’INSPECTEUR. Les tribunaux athéniens.
L’AMBASSADEUR. Mais nous ne choisissons pas les juges.
L’INSPECTEUR. Les citoyens les choisissent.
L’AMBASSADEUR. Nous ne sommes donc libres que par la volonté de citoyens d’une autre cité.
DIONYSOS. La démocratie changerait-elle de nature en quittant les murs d’Athènes ?
LE CRIEUR. On ne doit pas insulter la grandeur de la cité !
DIONYSOS. J’ignorais qu’une question fût une insulte. Vous avez donc inventé une nouvelle loi : défendre la liberté à condition qu’on ne discute pas de sa définition.
PARABASE ET EXODOS — LE MOULIN RENVERSÉ
LE CHŒUR. Citoyens, vous riez des dieux et des étrangers. Mais savez-vous rire de votre propre puissance ? Une cité peut avoir combattu un roi étranger et apprendre malgré elle à parler comme lui.
DIONYSOS. Que les hommes qui votent l’augmentation des tributs fassent tourner la meule une journée.
LE CRIEUR. Ce serait contraire à la dignité des dirigeants !
DIONYSOS. Ils devront donc travailler au moins une fois.
LE CHŒUR. Les chaînes tombent, les meules se transforment en scène. Qu’aucun homme ne prétende posséder la liberté d’un autre ; que la cité entende ce qu’elle ne voudrait pas écouter !
III. LES PAYSANS — Γεωργοί (vers 424 av. J.-C.)
DOSSIER PHILOLOGIQUE : Fragments sur les agriculteurs, le désir de retrouver les champs, les figues de Laconie et l’idée de planter des arbres dans l’Agora. Le plan de culture de l’Agora et l’apparition de la Paix sont inventés.
PERSONNAGES : Philôn ; son fils Myrtos ; un Marchand ; Stratôn ; un marchand de guerre ; la Paix ; le chœur des Paysans.
PROLOGUE — LA POIGNÉE DE TERRE
PHILÔN. J’ai conservé une poignée de terre de mon champ dans ce panier. Elle sent mieux que toute l’Agora.
MYRTOS. Tu pourrais essayer de vivre dans la ville.
PHILÔN. Ici, je connais les nouvelles après que trois orateurs les ont déformées. À la campagne, je savais quand allait venir la pluie.
MYRTOS. Un jour, la guerre prendra fin.
PHILÔN. C’est ce qu’on me disait quand je possédais encore deux bœufs, un âne et une ferme.
PARODOS — LES HOMMES DES CHAMPS
LE CHŒUR. Nous avons semé, taillé, récolté et labouré. Puis la guerre nous a chassés de nos terres. La cité se nourrit encore de ce que nous savions produire. Nous voulons retourner aux figuiers, non pour fuir nos devoirs, mais pour retrouver une vie qui ne soit pas toute entière consacrée aux armes.
AGÔN — L’AGORA DEVIENT UN JARDIN
LE MARCHAND. Voici des figues de Sparte !
PHILÔN. Délicieuses !
LE MARCHAND. Elles viennent de Laconie.
PHILÔN. Alors elles sont détestables : mon patriotisme vient de se réveiller.
STRATÔN. Une figue lacédémonienne aujourd’hui, un hoplite demain !
PHILÔN. Mangeons-les toutes : nous vaincrons l’ennemi.
LE MARCHAND DE GUERRE. Que deviendront les fabricants de casques si la paix revient ?
PHILÔN. Ils feront des marmites. Les fabricants de lances feront des perches pour les vignes.
LE MARCHAND DE GUERRE. Et les généraux ?
PHILÔN. Des épouvantails : ils sont déjà entraînés à effrayer les gens.
PHILÔN. Je propose de labourer l’Agora : là où l’on sème des accusations, nous récolterons des fèves.
EXODOS — LE RETOUR DE LA PAIX
LA PAIX. Chaque fois que je m’approchais, un orateur annonçait qu’il fallait remporter une dernière victoire.
MYRTOS. Comment pouvons-nous te garder ?
LA PAIX. En comprenant que je ne suis pas seulement la récompense de la destruction de vos ennemis.
PHILÔN. Alors plantons les premiers arbres maintenant.
STRATÔN. Il faudra un décret !
PHILÔN. Écris-le sur une feuille de figuier. Les mauvaises lois se faneront avec elle.
LE CHŒUR. Assez de boucliers, apportez les corbeilles ! Si les généraux veulent encore des campagnes, donnons-leur des campagnes à cultiver !
Méthode et sources
Chaque pièce sépare les éléments documentés de l’invention. Références principales : Kassel et Austin, Poetae Comici Graeci III.2 ; Jean-Claude Carrière, L’Aristophane perdu (2000), https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_2000_act_10_1_1023 ; Christian Orth, Aristophanes’ Lost Plays (2024), https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/9781119622963.ch18 ; Jeffrey Henderson, Aristophanes: Fragments (2007).
Voir également le Volume III : https://bobmythos.fr/comedie-grecque-aristophane-menandre-etudes/aristophane-comedies-perdues-volume-3-reconstitutions/
