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Eupolis — Autolykos I et II : l’athlète, la gloire et les deux versions perdues

Eupolis — Autolykos I et II : l’athlète, la gloire et les deux comédies perdues

Édition MYTHOS — protocole de lecture. [A] désigne un fragment ou témoignage antique conservé ; [B] une interprétation ou restitution moderne, nécessairement révisable ; [C] une scène littéraire nouvelle composée pour MYTHOS. Le texte intégral des deux Autolykos est perdu. La numérotation des fragments est celle de Kassel–Austin (K.-A.), utilisée et commentée par S. Douglas Olson. Aucune scène continue ne peut être attribuée au poète sur la seule base des fragments.

I. [A] Un titre, deux versions et une date solidement attestée

Le témoignage d’Hérodicos de Babylone transmis par Athénée (Deipnosophistes, V, 216c–d ; test. i chez Olson) rapporte qu’Eupolis fit représenter un Autolykos sous l’archontat d’Aristion, en 421/420 av. J.-C. : les études modernes retiennent 420 av. J.-C. comme date de représentation, sans identifier avec certitude le concours. Le témoignage nomme Démostratos comme responsable de la production et affirme que la comédie raillait la victoire sportive d’Autolykos. Il atteste une pièce et un sujet de satire, non son intrigue. La tradition distingue Autolykos I et Autolykos II ; la réalité de deux états textuels n’autorise ni à calculer le nombre de scènes remaniées ni à supposer une seconde représentation datée. Point de méthode : une datation de la seconde version en 419 av. J.-C., parfois répétée dans des notices de vulgarisation, ne repose pas sur une preuve suffisamment ferme. Olson discute notamment une proposition de 411, elle-même suspendue à des hypothèses fragiles (FrC 8.1, p. 186).

II. [A/B] Le jeune vainqueur : Autolykos, fils de Lycon

Xénophon ouvre son Banquet (I, 1–8) par une réception offerte par Callias, fils d’Hipponicos, en l’honneur du jeune Autolykos, fils de Lycon, vainqueur au pancrace des garçons lors des Panathénées. Le pancrace associe des techniques de lutte et de percussion ; le texte ne décrit pas une victoire au pentathlon. Le banquet réunit des figures intellectuelles et transforme la victoire du garçon en objet de conversations sur la beauté, la maîtrise de soi et l’éducation. [B] Ce cadre peut éclairer la célébrité de l’athlète dans la cité et la matière comique disponible pour Eupolis, mais Le Banquet de Xénophon est une composition littéraire postérieure, non un compte rendu sténographique ni une copie de la comédie perdue. Hérodicos contestait précisément la chronologie du narrateur : l’écart entre fiction philosophique et événement historique fait partie du dossier, pas d’un détail à effacer.

III. [A/B] Le fragment 48 : trois petites habitations et une scène inconnue

Le fragment 48 K.-A., conservé par Pollux (Onomasticon, X, 160–161), mentionne trois kalidia, de petites habitations, et indique que leurs occupants logent chacun séparément. Le lexicographe cite ces vers pour un mot d’habitat ; il ne transmet ni la liste des occupants ni la scène entière. [B] Olson envisage que ces indications aient pu servir à présenter trois portes et trois foyers dans une exposition, mais souligne que cette reconstruction reste hypothétique. L’identité des habitants est inconnue. On ne saurait donc affirmer que Lycon, son épouse et leur fils tenaient trois établissements particuliers, ni que Callias habitait l’un de ces logements. Intérêt historique : la valeur dépréciative du vocabulaire des petites maisons ouvre une réflexion sur la hiérarchie des espaces et les différences de richesse, sans autoriser un plan archéologique de la scène.

IV. [B] La victoire sportive et le pouvoir de fabriquer une réputation

L’athlète victorieux est un personnage public avant d’être un personnage de théâtre : les concours produisent une gloire dont parents, amis et protecteurs peuvent chercher à tirer prestige. Eupolis pouvait tourner en dérision cette circulation des honneurs ; ce qui est attesté est la moquerie de la victoire selon Hérodicos, non sa forme précise. L’ironie comique peut naître du décalage entre l’effort corporel d’un garçon, la compétition des adultes pour l’approcher et la publicité qui transforme sa performance en capital social. Il serait toutefois abusif de présumer que le jeune Autolykos était ridiculisé comme individu moralement déficient. Le dossier permet une analyse des usages sociaux de la victoire, pas un diagnostic sur sa personne.

V. [B] Callias et le problème de la présence sur scène

Le rapprochement avec les Kolakes d’Eupolis est séduisant : dans cette autre comédie, la richesse et les dépendances nouées autour de Callias constituent une matière satirique. Le Banquet de Xénophon associe également Callias et Autolykos. Mais la convergence de ces témoignages ne prouve pas que Callias figurait comme personnage dans Autolykos. Olson rappelle explicitement que les fragments conservés n’en apportent pas de preuve assurée (FrC 8.1, p. 185). Règle MYTHOS : il est légitime de comparer les milieux sociaux évoqués par les deux œuvres ; il ne l’est pas de transférer automatiquement le personnel dramatique de l’une à l’autre.

VI. [B] Autolykos, le voleur mythique : un titre à double entente ?

Le nom Autolykos appartient aussi à la tradition mythologique : le grand-père maternel d’Ulysse est connu pour ses ruses et ses vols, notamment dans l’Odyssée (XIX, 394–397). S. Douglas Olson examine la possibilité que le titre comique ait joué, même superficiellement, sur cette homonymie. L’idée est stimulante pour une lecture comparatiste : un champion célébré par la cité pourrait être rapproché du personnage mythique réputé trompeur. Pourtant, aucun témoignage ne démontre qu’Eupolis ait effectivement fait entrer le grand-père d’Ulysse sur scène. [B] L’hypothèse doit donc rester un outil d’interrogation philologique, et non devenir une intrigue « retrouvée ». De surcroît, Euripide a lui aussi composé un drame satyrique Autolykos, ce qui crée des difficultés d’attribution pour certains fragments.

VII. [B] Deux versions : le danger d’une reconstitution trop ingénieuse

L’existence de deux versions conduit naturellement à chercher ce qui a changé : compétition théâtrale, chœur, cible satirique, scènes nouvelles ? Les témoins ne permettent pas de le savoir avec précision. Ian C. Storey a proposé une reconstruction ambitieuse dans laquelle deux esclaves figureraient les poètes rivaux Eupolis et Aristophane, au sein d’une dispute pédagogique. Olson juge cette proposition trop conjecturale pour servir de fondement à d’autres reconstructions (FrC 8.1, p. 186). Ce désaccord méthodologique est instructif : une hypothèse peut être dramatiquement brillante tout en demeurant insuffisamment étayée. MYTHOS sépare donc la documentation des scénarios possibles et refuse de présenter une « deuxième version » écrite aujourd’hui comme un texte d’Eupolis.

VIII. [B] Histoire ultérieure d’Autolykos : de la gloire à la violence politique

Les témoignages postérieurs font réapparaître Autolykos dans l’Athènes de 404 av. J.-C. Plutarque (Vie de Lysandre, XV, 5) rapporte sa mise à mort sous les Trente ; Pausanias (I, 18, 3 et IX, 32, 8) évoque une statue d’Autolykos, attribuée au sculpteur Léocharès, dressée au Prytanée. Olson propose de comprendre cette commémoration comme une reconnaissance rétrospective de son opposition à la tyrannie, mais il s’agit d’une lecture historique, non d’un fait exprimé par la comédie d’Eupolis. La fin de sa vie ne doit pas être rétroprojetée sur la pièce de 420 : l’auteur ne pouvait pas représenter comme passé un événement de 404. Le parcours documentaire permet néanmoins une étude sur la mémoire : une même figure publique passe du rire de concours à l’héroïsation civique.

IX. [B] Philosophie : reconnaissance, excellence et marchandisation des honneurs

Chez Hegel, la reconnaissance n’est pas une simple addition de compliments : elle suppose une relation entre sujets. Par comparaison rétrospective, l’athlète et ses admirateurs invitent à distinguer reconnaissance de l’effort et appropriation de la gloire par des protecteurs. Chez Nietzsche, la généalogie des évaluations aide à demander qui possède le pouvoir de qualifier un corps de « noble », une victoire de « grande » ou une conduite de « honteuse ». Ces questions sont modernes : Eupolis n’expose ni une théorie hégélienne ni une généalogie nietzschéenne. Vernant permet de réinscrire les concours dans les formes de visibilité et de compétition propres à la cité ; Détienne invite à ne pas confondre la ruse mythique d’Autolykos et une stratégie effectivement attestée dans les fragments. Dumézil ne fournit ici aucun modèle trifonctionnel démontrable : un tel parallèle serait décoratif plutôt qu’explicatif.

X. [C] Scène dramatique originale — Le vainqueur et les trois portes

Création littéraire MYTHOS, entièrement contemporaine. Personnages inventés pour cette scène : LE VAINQUEUR, UN ANNONCEUR, UNE VOIX DERRIÈRE LA PREMIÈRE PORTE, UNE VOIX DERRIÈRE LA DEUXIÈME PORTE, UNE VOIX DERRIÈRE LA TROISIÈME PORTE. Cette scène ne restitue ni le fragment 48 ni le texte de l’une des deux versions antiques.

L’ANNONCEUR. Voici celui qui a vaincu devant toute la cité !
LE VAINQUEUR. J’ai combattu un adversaire, pas toute la cité.
PREMIÈRE VOIX. Entre chez moi : je t’offrirai un repas digne de ton nom.
DEUXIÈME VOIX. Entre chez moi : je t’offrirai un poème plus grand que ton combat.
TROISIÈME VOIX. Entre chez moi : je te laisserai dormir.
L’ANNONCEUR. Quel présent indigne d’un champion !
LE VAINQUEUR. Pourquoi ? Je suis fatigué.
PREMIÈRE VOIX. La gloire doit être nourrie.
DEUXIÈME VOIX. La gloire doit être chantée.
TROISIÈME VOIX. Le corps, lui, doit se reposer.
L’ANNONCEUR. Tu vas refuser la célébration ?
LE VAINQUEUR. Je ne refuse pas la victoire. Je refuse qu’elle soit devenue le métier de ceux qui n’ont pas combattu.
PREMIÈRE VOIX. Il est ingrat !
DEUXIÈME VOIX. Il manque de poésie !
TROISIÈME VOIX. Il manque surtout de sommeil.

XI. [C] Seconde scène originale — Le procès d’une date

Scène contemporaine métathéâtrale ; aucun personnage, vers ou argument n’est transmis comme tel par les sources.

LE COPISTE. J’ai retrouvé deux titres : Autolykos I et Autolykos II.
LE POÈTE. As-tu retrouvé deux pièces ?
LE COPISTE. J’ai retrouvé deux titres.
LE POÈTE. Et la date de la seconde ?
LE COPISTE. Je pourrais l’inventer pour que ton catalogue soit complet.
LE POÈTE. Alors tu aurais trois œuvres : mes deux pièces et ton invention.
LE COPISTE. Mais une case vide est si disgracieuse !
LE POÈTE. Laisse-la vide. C’est la seule case qui dise encore la vérité.

XII. Appareil critique : sources, éditions et limites

[A] Sources antiques : Athénée, Deipnosophistes V, 216c–d (témoignage d’Hérodicos) ; Pollux, Onomasticon X, 160–161 (fr. 48 K.-A.) ; Xénophon, Banquet I, 1–8 (comparaison indépendante) ; Homère, Odyssée XIX, 394–397 (homonyme mythique) ; Plutarque, Vie de Lysandre XV, 5 et Pausanias I, 18, 3 ; IX, 32, 8 (histoire ultérieure de l’athlète).

[B] Éditions et études : R. Kassel et C. Austin, Poetae Comici Graeci, V (1986) ; S. Douglas Olson, Eupolis: Testimonia and Aiges–Demoi, Fragmenta Comica 8.1 (2017), p. 180–232, édition numérique ; Ian C. Storey, Eupolis: Poet of Old Comedy (Oxford, 2003), notice universitaire ; I. C. Storey, Fragments of Old Comedy, II (Loeb Classical Library, 2011). Lire également Xénophon, Banquet, sur Perseus. Limites : la chronologie d’Autolykos II, la distribution des personnages, le chœur, le dénouement et les différences entre versions ne sont pas établis.

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